Critique: Cold Fish

Publié le par Rick Jacquet

COLD FISH

Cold Fish
Titre original: 冷たい熱帯魚
2010 - Japon
Genre: Drame - Tueurs
Réalisation: Sion Sono
Musique: Tomohide Harada
Scénario: Sion Sono et Yoshiki Takahashi
Avec Mitsuru Fukikoshi, Denden, Megumi Kagurazaka, Asuka Kurosawa, Hikari Kajiwara et Tetsu Watanabe


Shamoto tient un petit magasin de poissons exotiques, sa fille est rebelle et sa nouvelle femme jeune et belle. Sa vie bascule lorsqu’il rencontre Murata, un autre vendeur de poissons tropicaux. L’homme embauche la fille de Shamoto dans son magasin, et emmène Shamoto dans ses combines douteuses, le rendant ensuite complice de meurtres…

Depuis Suicide Club en 2002, chaque film de Sion Sono est attendu par une partie des cinéphiles. Suicide Club, Noriko’s Dinner Table, Strange Circus, Love Exposure, et dans une moindre mesure, Exte et Be Sure To Share. En 2010, Sion Sono rejoignait le temps d’un film l’équipe de la société Sushi Typhoon, plus habituée aux farces gores et potaches, comme le montrait leurs deux premiers titres : le sympathique bien que gentillet Alien VS Ninja et l’ultra gore et débile Mutant Girls Squad. Bien entendu, Sion Sono ne partira pas dans cette direction, loin de là, et livrera une nouvelle œuvre dense et hypnotique dont il a le secret, en continuant de traiter ces thèmes de prédilections : la famille Japonaise, son disfonctionnement, les valeurs sociales et familiales. Ce qu’il fait depuis ses débuts, sans jamais se répéter, et toujours avec une maîtrise narrative et visuelle inouïe. Ce qui en est même étonnant vu qu’il nous livre au moins un film par an, qu’il écrit toujours ses films, et que la durée de ceux ci dépasse souvent les deux heures, atteignant même parfois les quatre heures avec Love Exposure. Mais si Love Exposure traitait de sujets graves avec humour et en ouvrant toujours des portes sur l’espoir, Cold Fish en est l’exact opposé, même s’il conserve une part de son humour absurde. Cold Fish est un film résolument adulte, dans le fond, la forme, dans son histoire. Les premiers instants du film nous présente la famille de Shamoto, et nous rappelle que le film s’inspire d’une histoire vraie. En 1993 au Japon, un éleveur de chien et sa femme auraient tué plus d’une cinquantaine de personnes. Sion Sono change beaucoup de données pour faire son film, certaines volontairement, lorsqu’il ajoute une dimension sociale et familiale à son métrage, certaines imposées par les producteurs. Ainsi, les éleveurs de chiens se retrouvent en vendeurs de poissons tropicaux. Un choix qui peut finalement facilement se comprendre pour une telle production tournée avec peu de moyens (comme souvent chez Sion Sono) rapidement : il est plus facile de filmer des poissons que des chiens.

Comme souvent, Sion Sono prend le temps de nous présenter ses personnages principaux avec soin, sans pour autant que le temps nous paraisse long. La première demi heure, avant l’apparition du titre à l’écran, nous présentera donc la famille de Shamoto. Le père est propriétaire d’un magasin de poissons qui ne fait pas vraiment fortune. Il est marié à sa seconde femme, Taeko, qui fume en cachette, et a une fille, Mitsuko, violente et rebelle. Une famille qui ne fonctionne plus, où il n’y a plus de communication, une famille au bord de la rupture. Puis on nous introduit le personnage de Murata, un autre vendeur de poissons tropicaux, possédant un magasin bien plus grand, Amazon Gold, qu’il gère avec sa femme, Aiko. Un couple tout ce qu’il y a de plus sympathique aux premiers abords. Le mari parle sans arrêt, avec le sourire aux lèvres, et propose d’embaucher dans son magasin Mitsuko. De plus, il propose à Shamoto de s’associer avec lui. Mais dès ces instants, le débit de parole ainsi que son large sourire toujours sur son visage nous fait ressentir quelque chose. Son personnage n’est pas net, et rapidement après l’introduction, Sion Sono nous montrera qu’on a raison, et qu’il sait définitivement écrire et créer un personnage. Denden, jouant Murata, est impressionnant, et très rapidement véritablement flippant. On sent en lui une grande violence prête à exploser, physiquement ou mentalement, à n’importe quel instant, sans prévenir. Ce qu’il fera étape par étape envers Shamoto, le poussant à bout et l’emmenant dans ses combines, tout en lui mettant devant les yeux tout ses défauts et en lui expliquant le dysfonctionnement de sa famille. Un personnage manipulateur, mais intelligent, ce qui fera toute sa force. L’emmenant tout d’abord dans ces combines pour se faire de l’argent facile en arnaquant des clients qui n’y connaissent pas forcément grand chose, l’intrigue, excessivement sombre, glauque, et dépressive de Cold Fish emmène rapidement les personnages a un autre niveau, dans un autre univers : celui du sexe et du meurtre.

Les deux, sexe et meurtre, vont de pair dans le métrage, sans pour autant faire artificiel, et en nous emmenant surtout de surprises en surprises. L’intrigue évolue de manière remarquable, et les personnages sont à la fois repoussants et attirants, tous autant qu’ils soient. Mieux, certaines scènes fascinent totalement, de part la maîtrise générale et l’interprétation précise et juste des différents acteurs. Comme souvent chez Sion Sono, la durée du film passe comme une lettre à la poste (2h26 pour celui ci) grâce au ton grave et envoutant, et résolument adulte du métrage. Car Cold Fish, s’il reste un thriller, est extrêmement violent, dans ses images et son propos. Les scènes véritablement violentes sont finalement peu nombreuses, mais tellement bien amenées et faisant parties d’un tout qu’elle restent prenantes et même parfois dures. La dernière demi heure notamment sera un véritable festival, à la fois choquant, très visuel, mais extrêmement poétique et réaliste. Et ça ne s’arrête jamais, jusqu’à la scène finale totalement hallucinante et inattendue, allant encore plus loin que prévu dans le pessimisme. Les personnages repoussent leurs limites, montrent leurs vrais visages, font ce qu’ils ont envie de faire, et ça fait souvent mal, leurs réactions étant souvent extrêmes. C’est bel et bien le propos par rapport à leurs relations familiales et de couples qui choqueront le spectateur. Une petite touche d’humour noir aura beau être présente, elle ne fera jamais tache et passera certainement limite inaperçue pour une partie du public. Avec Cold Fish, Sion Sono ne signe définitivement un grand film, un film qui marque et ne laisse pas indifférent, et réussit à marier à merveille ses thèmes habituels avec une histoire de tueur en série, amenant son métrage dans les plus grandes réussites du genre grâce à sa sensibilité hors pair.

 

+
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Les personnages intéressants

L'aspect social et familial

Prenant de bout en bout, sans fausses notes

Incroyablement dépressif

Un film qui en choquera plus d'un

 

NOTE: 19/20
En bref: Sion Sono livre une œuvre sombre, froide, sans aucun espoir, profondément violente sur le thème de la famille déstructurée.

Publié dans Critiques

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