Critique: Dust Devil - Le souffle du démon

Publié le par Rick Jacquet

DUST DEVIL: LE SOUFFLE DU DEMON

Le souffle du démon
Titre original : Dust Devil: The Final Cut
1993 - Angleterre - Afrique du Sud
Sortie française le 17 Mars 1993
Genre: Fantastique
Réalisation: Richard Stanley
Musique: Simon Boswell
Scénario: Richard Stanley
Avec Robert John Burke, Chelsea Field, Zakes Mokae et Rufus Swart


Dans le désert africain, un mystérieux tueur s'en prend à des jeunes femmes qui le prennent en auto stop. Une légende folklorique porte à croire que le tueur en série est le "dust devil", un démon voleur d'âmes qui peut prendre la forme de n'importe quel être humain. Il finira par croiser la route de Wendy, qui vient de quitter son mari.

Le souffle du démon, ou Dust Devil en version originale, est le second long métrage de Richard Stanley après le chef d’œuvre Hardware. Malheureusement, comme on le sait, le film aura eu pas mal de déboires dés la fin du tournage. Après un tournage difficile en Afrique du Sud, Richard Stanley livre aux producteurs un montage de 2h. Montage qui sera charcuté pour arriver à une version de 1h36 supprimant beaucoup de scènes entre les deux personnages principaux. Puis les droits seront rachetés par Dimension Films, et comme on le sait si bien de la part des frères Weinstein, le montage sera encore charcuté et réduit à la durée de 1h26, supprimant des scènes de cauchemars. C’est malheureusement cette version qui fut distribuée partout dans le monde, donnant l’impression de voir un film beaucoup trop court. Bien des années plus tard, Richard Stanley récupérera le film et les rushes et financera lui même la post production d’un nouveau montage, à présent connu sous le nom de Dust Devil : The Final Cut. Cette version de 1h46, déjà disponible aux Etats Unis dans un magnifique coffret 4 dvd avec en plus la bande originale de Simon Boswell à un prix plus qu’honnête (le prix d’une édition simple en France), qui devrait arriver en France dans les mois qui viennent (mais sans les 4 dvd et le cd audio), et qui est critiquée ici. Critique qui n’est pas aisée vu la complexité du film et la façon dont on peut l’interpréter, ainsi que les différentes directions choisies par le metteur en scène. Car sur le papier, Dust Devil est un film tout ce qu’il y a de plus classique, un tueur qui s’avère être un démon, une proie, et c’est tout. A l’écran, c’est tout autre chose que l’on voit. Richard Stanley est un réalisateur et scénariste ingénieux (il nous l’a prouvé récemment en co-écrivant le film Abandonnée de Nacho Cerda), on le sait, Hardware était un petit bijou de cinéma de genre bricolé avec peu d’argent, mais qui restait classique dans le fond. Dust Devil va beaucoup plus loin scénaristiquement, dans la psychologie de ses personnages. S’il possède de très nombreuses scènes magnifiques visuellement et quelques plans sanglants, Dust Devil est avant tout un film psychologique, qui s’axe sur trois personnages en donnant à chacun une grande part d’importance, et en traitant avec un grand sérieux des légendes d’Afrique du Sud.

Richard Stanley nous propose ainsi de suivre le trajet, et le destin de trois personnages. Il y a le Dust Devil, joué avec beaucoup de nuance par Robert John Burke, excellent, toujours à la recherche d’une nouvelle proie, il y a Wendy, une jeune femme qui quitte son mari et décide de partir pour un long voyage, sans trop savoir ce qu’elle y trouvera ni où cela la mènera, et il y a Ben, un policier local souffrant de cauchemars depuis que sa femme l’a quitté après la mort de leurs enfants. Ainsi, Stanley veut nous livrer un film fantastique plutôt psychologique, avec quelques visions d’horreur, il veut que l’on s’attache aux personnages, que l’on se perde avec eux dans leurs aventures, leurs rêves, leurs convictions et leurs croyances, et il y arrive parfaitement. Autant dans ces scènes que dans les dialogues, le film est traité avec beaucoup de rigueur, et les détails fusent très rapidement. Mieux, le côté fantastique de l’œuvre n’est finalement que peu présent pendant une bonne moitié du métrage, nous prouvant que Stanley a bel et bien quelque chose à raconter. Mais décortiquer le scénario ne servirait à rien, tellement celui ci est vaste, complexe, et finalement, trop court. Visuellement, Richard Stanley nous ressort quelques effets de style provenant de Hardware, avec l’usage de certains filtres rouges et oranges, et l’on reconnaît bien son style. Mais cette fois, il a bénéficié d’un plus gros budget, sans pour autant être énorme, et il a pu se faire plaisir en filmant le désert d’Afrique. Il nous livre de magnifiques plans filmés d’hélicoptères et c’est un véritable petit plaisir visuel. Que ce soit en extérieur avec ses splendides décors naturels ou en intérieur, dans des maisons, des bars, des grottes, le sens du détail est toujours présent et tout est travaillé pour un rendu épatant et agréable. Outre les plans dans le désert ou dans des maisons envahies par le sable, les scènes de rêves marqueront les esprits. Tant par l’éclairage soit orangé, soit bleuté, il ressort quelque chose de vraiment unique de ces scènes.

Comme pour Hardware, Richard Stanley refait équipe avec Simon Boswell qui signe la bande son du métrage, qui constitue justement avec Hardware et Bloody Bird, un de ses meilleurs travaux. Le thème, qui reviendra à plusieurs reprises, correspond à merveille à l’univers que Stanley a voulu créer, le son finissant par compléter les images. Pourtant, malgré ses nombreuses qualités, Dust Devil n’est pas un film parfait. Déjà, de par le traitement de son sujet, il n’est pas accessible à tout le monde. Le personnage principal prend en effet son temps pour séduire sa victime après sa première rencontre, et jouera avec ses émotions et sa perception de la réalité pour mieux la tromper, ce qui rapproche encore plus le film d’un film psychologique, et complexe lorsqu’il aborde la légende du Dust Devil, racontée par un des personnages et également par une voix off constante. Le fait que le métrage s’attache autant à chacun de ses personnages ne plaira pas non plus à tout le monde, et certains lui reprocheront. Pour ceux là, la version tronquée par Miramax conviendrait mieux, même si elle dénature totalement l’histoire et les personnages, et ne permet pas de juger à sa juste valeur le talent du réalisateur, qui n’a d’ailleurs toujours pas réalisé de films depuis celui ci (juste co-écrit Abandonnée, mais il serait en pré-production d’un métrage, tandis que le scénario d’un Hardware 2 circule sur internet). Outre le fait que Dust Devil ne soit pas facilement facile d’accès, le sujet et la légende dont il traite est tellement vaste que le montage que nous avons, le plus proche de la vision du réalisateur, peut encore sembler trop court (il manque toujours 15 minutes par rapport au premier montage), même si certains plans peuvent se retrouver sur le deuxième dvd de l’édition, la version workprint de 1h55, mais dans une qualité variable et aux effets spéciaux pas toujours finalisés, malheureusement. Toujours est-il que Dust Devil mérite une nouvelle vision, dans la version voulue par le réalisateur, pour pouvoir être jugée comme il se doit. Une œuvre complexe et intelligente.


NOTE: 17/20
En bref: Richard Stanley confirme qu’il a beaucoup de talent avec son second film charcuté à l’époque par Dimension Films. Un film complexe, une expérience onirique, musicale et visuelle.

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