Critique: Elle s'appelait Scorpion

Publié le par Rick Jacquet

ELLE S'APPELAIT SCORPION

Elle s'appelait Scorpion

Titre original: 女囚さそり 第41雑居房 (Joshuu Sasori: dai-41 Zakkyo-bô)
1972 - Japon
Genre: Femme en prison, vengeance
Réalisation: Shunya Ito
Musique: Shunsuke Kikuchi et Meiko Kaji
Scénario: Shunya Ito et Hîro Matsuda d'après le manga de Tooru Shinohara
Avec Meiko Kaji, Fumio Watanabe, Kayoko Shiraishi, Hiroko Isayama et Yukie Kagawa


Sasori, toujours en prison, trouve le moyen de s’évader avec plusieurs autres prisonnières. Alors en fuite, elles sont poursuivies par le chef de la prison et ses gardes.

Elle s’appelait Scorpion est le second opus de la saga Sasori, réalisé la même année que le premier opus : La Femme Scorpion. Devant le succès du premier film, la Toei ne perdra pas de temps, et c’est à peine quelques mois plus tard que débarque ce nouveau film, toujours réalisé par Shunya Ito et avec la splendide Meiko Kaji. Les deux compères reprennent le concept du premier film en poussant tout ce qui en a fait le succès à son paroxysme, sans que cela ne soit artificiel ou inutile dans le récit. Ainsi, Elle s’appelait Scorpion ira bien plus loin, visuellement d’abord, mais également dans son message. Le chef de la prison, privé de son œil droit après une des scènes les plus cultes du premier opus, reçoit la visite d’un homme du gouvernement qui vient le récompenser pour son « merveilleux » travail. Occasion pour Nami Matsushima, alias Sasori, de se faire remarquer. Celle qui a finalement accomplie sa vengeance personnelle dans le premier opus n’en a cependant pas finie avec les hommes, notamment le chef de la prison, qui ne veut que sa mort, permettant au film de rendre son message encore plus flagrant et agressif que dans le premier film. Elle s’appelait Scorpion multiplie en effet par deux la portée de son message, mais également ses trouvailles visuelles, narratives, et la beauté de son actrice principale, Meiko Kaji. Sasori va arriver à ses fins, mais son parcours sera des plus douloureux. Quand nous la retrouvons au début du métrage, elle est enfermée depuis des mois au cachot. Dès cette scène, Ito sublime sa mise en scène, avec outre le générique d’ouverture où nous trouvons Sasori hallucinée en train d’acérer une cuillère qu’elle tient dans ses dents sur le magnifique thème Urami Bushi, une gestion parfaite de l’éclairage et du cadrage. Ito joue toujours beaucoup sur ses angles, et sur ses premiers et arrières plans. Au sein de la prison, Sasori est maltraitée, battue, et même violée sur ordre du chef, afin de montrer l’exemple aux autres détenus, et surtout afin d’assouvir ses pulsions envers elle. Dans un camion de transport, Sasori se fera même tabasser par les autres prisonnières.

Mais très rapidement, contrairement au premier opus, Sasori se retrouve hors des murs de la prison, à l’air libre. Cependant, elle ne sera pas libre, elle devra constamment fuir les gardiens de la prison qui sont à ces trousses, à elle et aux autres prisonnières. Ito se lâche totalement lors du parcours de Sasori, nous dépeignant une vision du Japon encore plus sombre que dans le premier opus. Les hommes sont tous des porcs, qui maltraitent les femmes, ne s’en servent que pour assouvir leurs pulsions les plus basiques. Tous les personnages masculins iront dans ce sens, et Ito les développe comme il se doit. Outre le chef de la prison dont le seul but est de tuer Sasori, les gardiens qui se servent d’enfants et de grands parents pour rattraper les fugitives, Sasori croisera au fur et à mesure de sa fuite un groupe de touristes. Le réalisateur ne prend pas de gants pour les développer. Les hommes hors de la prison sont pires que ceux qui y sont, n’hésitant pas à regretter la période de guerre où ils pouvaient capturer une Chinoise juste pour assouvir leurs besoins sexuels. Quelques minutes plus tard, ces touristes, croisant la route d’une femme du groupe de Sasori, n’hésiteront pas à mettre en application cette pensée. Mais si Ito y va fort dans son message féministe, il n’en oublie pas pour autant que toutes les femmes ne sont pas parfaites, et le comportement de certaines appuie sa thèse. On pensera notamment à Kayoko Shiraishi, qui n’hésitera pas à trahir les siennes et à tuer froidement. Son message est habilement contrebalancé, ce qui le rend plus pertinent. Mais comme pour le premier opus, ces choix ne seraient rien sans la patte du réalisateur sur le film et sans son actrice principale.

Là où Ito réussissait à poser dans le premier film une ambiance parfois surréaliste, voir théâtrale, il se lâche totalement dans cet opus pour nous livrer une œuvre très ambitieuse visuellement. Les éclairages sont magnifiques et totalement  surréalistes, et Ito se permet de nombreux choix artistiques absolument sublimes. Ainsi, la nature s’adapte aux évènements qui se déroulent, avec des vagues de sang, des feuilles faisant disparaître un corps, des éclairages différents pour un événement particulier. Il ne fait pas les choses à moitié, et sublime ainsi les différents grands moments du métrage et la violence par ce procédé. Et bien entendu, il sublime également son actrice principale, Meiko Kaji, qui dés l’année suivante, en plus de jouer dans deux autres opus de la saga, jouera pour la Toho dans la saga Lady Snowblood, autre saga culte du cinéma Japonais des années 70. Outre son style visuel et narratif, la saga Sasori est devenue culte grâce à des personnages forts, et ce second opus en contient des tas, tous parfaitement définis lors d’une scène semblant sortie d’ailleurs, chantée par une vieille dame alors que les personnages apparaissent à l’écran. Et Sasori restera bien entendu le  personnage le plus fort du métrage, par ses actes, et par l’aisance de Meiko Kaji à faire véhiculer ses sentiments et ses émotions par un simple regard. Car comme dans le premier opus, Sasori ne dira pratiquement pas un seul mot de tout le métrage. Un choix judicieux et extraordinaire, surtout quand l’on sait que dans le manga d’origine, Sasori en était l’opposé. Elle s’appelait Scorpion est donc sans aucun doute le meilleur opus de toute la saga, avec le premier film, allant encore plus loin dans la violence, dans l’imagerie, dans sa narration également. Un film culte jouissif et intelligent, porteur d’un message. Le troisième opus ira encore plus loin dans la violence et dans son propos, mais y perdra quelque peu en rythme.

 

+
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La mise en scène encore plus sublime

Meiko Kaji

Le message

Le thème Urami Bushi

L'ambiance du film

Des scènes cultes à la pelle

Violent

....

 

NOTE: 19/20
En bref: La suite culte de La Femme Scorpion. Surréaliste, violente, toujours aussi bien réalisée et interprétée, un film à voir et revoir.

Publié dans Critiques

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