Critique: Hellraiser Bloodline version Workprint

Publié le par Rick Jacquet

HELLRAISER BLOODLINE WORKPRINT

Hellraiser Bloodline version workprint
1996 - Etats Unis
Genre: Gore
Réalisation: Kevin Yagher
Musique: pas de musique
Scénario: Peter Atkins d'après Clive Barker
Avec Bruce Ramsay, Valentina Vargas, Doug Bradley, Charlotte Chatton et Adam Scott


Dans une station spatiale, le docteur Paul Merchand est relevé de ses fonctions. Il ne lui reste pourtant que 23 minutes pour détruire la boite menant aux enfers et au monde des Cénobites. Ce n’est pas le premier de sa lignée à tenter ce combat, puisque ces descendants ont souvent étés confrontés aux démons.

Hellraiser Bloodline, comme on le sait tous, et comme il était si bien expliqué dans la critique de la version cinéma, a été un véritable bordel, tout comme d’autres films produits par Dimension Films : Dust Devil (le souffle du démon), Halloween 6, Cursed… Hellraiser Bloodline était au départ réalisé par Kevin Yagher, normalement maquilleur et créateur d’effets visuels, et écrit par Peter Atkins (Hellraiser 2, 3 et 4, Wishmaster). Mais le montage ne plaisait pas aux producteurs, et des scènes furent coupées, de nouvelles tournées par Joe Chappelle et de nouvelles scènes furent écrites par Rand Ravich. Au final, un film totalement différent, signé Alan Smithee, Yagher ne reconnaissant pas son film. Lors de sa sortie, de nombreuses photos promotionnelles circulant dans les magasines nous donnaient cependant envie d’en voir plus, et surtout d’en savoir plus. Parmi ses photos, on pouvait trouver Paul et Pinhead en face à face, Angélique version cénobite tenant la fameuse boite dans ses mains, où encore Angélique au XVIIIème siècle face à une multitude d’autres personnes que l’on n’aperçoit même pas quelques secondes dans le métrage cinéma. Fort heureusement pour les fans de la saga et les curieux, la version Workprint du métrage circule sur le net depuis un petit moment déjà. Malheureusement, elle reste tout de même difficile à se procurer et le nombre de personnes l’ayant vu ne doit pas s’élever à beaucoup. Il faut savoir qu’une version Workprint est une copie de travail du metteur en scène.

De nombreuses versions circulent ainsi sur le net et sont parfois même commercialisés par des petits malins. Les exemples les plus connus étant, récemment, le Halloween de Rob Zombie et le Halloween 6 de Joe Chappelle (justement, encore lui), qui circule même parfois dans des éditions pirates de 5 dvd, contenant la version cinéma, la version télévisée, la version producer’s cut qui change radicalement le film et une version un peu plus longue que la version cinéma. Dans le cas de Hellraiser Bloodline, cette version change totalement le film, le rendant meilleur, plus logique et plus maitrisé par bien des aspects, tout en ne parvenant pas à corriger certains gros défauts (la partie dans l’espace, ça passe vraiment pas décidemment). Mais ce qu’il faut savoir, c’est que cette version est dénuée de bande sonore (adieu la musique de Daniel Licht), d’effets numériques (des écrans noirs avec du texte s’intercalent pour nous dire ce qui devait être présent). De plus, la qualité de l’image est déplorable, de qualité VHS et le mixage audio est également assez mauvais. Ainsi, cette version s’adresse véritablement aux curieux envers le carnage effectué par les producteurs sur le film, et aux fans de Hellraiser en général. Cette critique va donc nous détailler les principales différences et les nouveautés entre les deux versions, et il est donc capital d’avoir au moins vu la version cinéma.

La version Workprint, outre sa qualité dégueulasse, nous permet d’apprécier la vision originale de Kevin Yagher et de Peter Atkins, un film différent, s’axant quasi intégralement sur le personnage d’Angélique, et sur la relation qu’elle entretient avec John Merchant de nos jours et avec Pinhead. Outre des passages en plus par rapport à la version cinéma, et bien entendu, des passages en moins, des mises à mort différentes également, la structure narrative en elle même est différente. La version cinéma commençait dans l’espace avec l’arrestation de Paul Merchant, qui racontait ensuite l’histoire de sa famille, afin d’avoir une histoire racontée chronologiquement. Originellement, c’était une autre histoire, puisque les passages concernant Phillip Le Merchant et Angélique au XVIIIème siècle n’étaient que des flashbacks qui intervenaient à différents moments de l’intrigue. Pour montrer une fois de plus qu’Angélique est le personnage le plus important de ce film, cette version s’ouvre directement sur sa mort, puis sa résurrection par le duc de L’Isle. Autant dire que si ces scènes ne différent absolument pas (si ce n’est le manque de certains effets et quelques plans de quelques secondes en plus), commencer le film par cette scène nous met directement dans le bain. Après quoi, le film reprend directement de nos jours, en 1996, John Merchant est réveillé par un cauchemar. Directement, des scènes en plus arrivent, mettant en scène son fils (vu depuis dans le téléfilm Shining). Des scènes un peu plus intimistes entre les personnages, qui leur donnent un peu plus de profondeur. Si dans le métrage cinéma, la qualité commençait à se dégrader dans cette partie, qui était le milieu du métrage, l’ensemble passe un peu mieux ici du fait des coupures avec les flashbacks du XVIIIème siècle, les personnages plus étoffés, et certains situations bien différentes. Directement ensuite, nouvelle différence due à la production afin de satisfaire un public demandant du sang. Angélique, toujours à Paris après 200 ans, tuait Jacques, son maître, dans la version cinéma, celui ci ayant enfreint les règles de l’enfer. Tout cela est encore une fois bien différent, le dialogue est plus long, différent, nous en révélant plus sur ce qu’il s’était passé avant, et le caractère de Jacques vis à vis d’Angélique diffère totalement, tout comme sa mort. Directement ensuite, à Los Angeles, comme dans la version cinéma, John monte sur scène et reçoit un prix pour son travail, et panique en voyant Angélique dans la foule. Seulement ici, au lieu de partir en plein discours, il montre son œuvre devant la foule, et sous le stress, il échouera. Jusque là, les changements de la version workprint s’effectue au niveau des personnages, avec des scènes différentes.

Mais lorsqu’Angélique récupérera la boite et trouvera quelqu’un pour l’ouvrir, le premier flashback intervient, nous dévoilant enfin une scène que l’on attendait. Angélique, devant plusieurs personnes, se déshabille au fur et à mesure que ceux ci parviennent à faire changer la boite de forme. La scène va bien entendu dégénérer, Angélique se changeant en démon et décimant tout le monde. La scène, bien que trop courte, continue de nous dire que ce Hellraiser 4 avait tenté de faire quelque chose de différent en se focalisant sur ce personnage démoniaque autre que Pinhead, ce qui n’a pas du plaire à la production, bien stupide puisqu’ils avaient validés le scénario. Après cela, le film reprend là où il s’était arrêté, la boite s’ouvre, et Pinhead apparaît, comme on le savait déjà. Quelques petits différences apparaissent, sans trop d’importance, le premier dialogue entre les deux personnages étant raccourcit d’une vingtaine de secondes, tandis que le suivant est quelque peu rallongé de tirades à connotations philosophiques pour Pinhead. De nouvelles séquences se déroulant au XVIIIème siècle font alors leurs apparitions. Là où John rêvait qu’il faisait l’amour à Angélique, cette scène ayant du être tournée par Joe Chappelle, le scénario original nous dévoilait la mort du duc de L’Isle par Angélique, alors que celui ci s’apprêtait à donner la mort à Philipp Le Marchant.

En plus d’avoir coupée des scènes intéressantes pour l’histoire et plus passionnantes que ce que l’on avait dans la version cinéma, Joe Chappelle aurait tourné des scènes supplémentaires, entre Philipp et sa femme, ici totalement absente du métrage. Lorsque le film reprend, c’est pour nous montrer la première rencontre entre John et Angélique, identique à la version cinéma, avant de nous plonger dans le passé de John et de sa grand mère. Encore des passages totalement absents de la version cinéma, qui donne une structure narrative à ce quatrième opus de Hellraiser totalement différente. Là où la version cinéma était découpée en trois parties uniquement reliée par le personnage principal, ici, la partie principale du métrage est bel et bien celle se déroulant de nos jours, agrémentée de flashbacks dans la lignée du personnage et de lui même, avant de conclure l’histoire dans l’espace, nous montrant ainsi autant la lignée des Merchant que la destinée d’Angélique. C’est ensuite qu’une déception arrive, puisque les passages concernant les deux frères jumeaux gardiens sont identiques, excepté quelques plans différents pour leur mort. Ces personnages, énervants dans la version cinéma, l’étaient donc déjà à la base.

Mais avant l’arrivée de ces personnages, le film nous dévoile un dialogue entre Pinhead et Angélique beaucoup plus long, qui n’aurait certainement pas du être coupé (comme beaucoup de scènes au final), nous montrant réellement les tensions et la dualité existant entre les deux personnages. Nous pouvons ainsi voir Pinhead s’énerver contre Angélique, persuadé que celle ci lui cache quelque chose. Arrive alors la mort des jumeaux, qui, outre quelques plans de quelques secondes, ne diffère pas des masses. La suite se déroulement également comme dans la version cinéma, avec Pinhead capturant la femme et le fils de John. Une autre scène capitale est alors rajoutée au métrage, entre John et Angélique, où les deux sont très proches. Nous sentons John très peu à l’aise face aux avances d’Angélique, mais néanmoins tenté. Mais lorsque celui ci finira par lui dire non, Angélique va entrer dans une colère noire, menaçant John et lui dévoilant ainsi son plan afin d’obtenir le contrôle et de ne pas se faire dominer par les autres (sous entendu, Pinhead et l’enfer). Des scènes capitales rehaussant beaucoup le niveau général du film, nous donnant l’impression de voir un film d’horreur aux personnages travaillés et intéressants, comme pouvait l’être les deux premiers opus. Le film reprend alors comme dans la version cinéma, John va affronter Pinhead face à face et tenter de sauver sa femme et son fils. Pas de vraies différences, exceptés un dialogue un poil plus long entre John et Pinhead, et des plans du morveux apeuré dans l’ascenseur. La fin de la partie se déroulant à cette époque va elle aussi différer quelque peu, et sera bien plus longue. Malgré quelques effets manquant, on peut se faire une idée assez précise, et si cette scène ajoute quelques bonnes idées, elle ajoute également quelques idées étranges. Forcé d’ouvrir un plus grand passage vers l’enfer (vu que c’est le but des démons), John travaille pour Angélique qui détient son fils, et Pinhead débarque. Les différences viennent juste après.

Pinhead avance doucement (très doucement, un peu comme dans les slashers ou le tueur avance doucement mais finit toujours par rattraper sa future victime) pendant que John, en stress pour la vie de son fils, essaye de lancer le programme informatique. Cette scène change radicalement et se transforme en course contre la montre, John devant s’exécuter pour sauver son fils avant l’arrivée de Pinhead, et les plans d’Angélique sont dévoilés de tous, donc elle aussi craint pour sa vie. John va alors réussir à ouvrir la porte vers l’enfer pendant quelques instants, donnant à Pinhead une sorte de super pouvoir, car s’il manque un plan d’effets numériques, les indications données nous donnent une idée claire de ce qui se déroule. Des chaines s’accrochent au plafond permettant à Pinhead de « s’envoler » là haut, et énervé, de lancer des chaines sur Angélique afin de l’emmener en enfer. Mais la porte se refermera avant, Pinhead redescendra sur terre (c’est le cas de le dire) et la suite, nous la connaissons, la femme de John débarque après la mort de celui ci, et renverra Pinhead en enfer, emmenant Angélique avec lui. Arrivé à cinquante minutes de métrage, la partie dans l’espace commence. Si dans l’ensemble, cette partie reste identique à 80%, de nombreux nouveaux passages arrivent, dont un prologue et une fin totalement différente. Dans le prologue, nous pouvons voir Paul (donc, le descendant de Philipp et John, pour ceux qui ne suivent pas) se raser le crane et se confesser face à un prêtre grâce à un hologramme. Des scènes qui, si elles n’apportent pas vraiment grand chose à l’histoire, dévoilent un peu plus les personnages. Passé cette longue scène de confessions, Paul va invoquer les démons, et se faire arrêter par une équipe de secours. Rien ne change au niveau des plans, mais nous comprenons enfin certaines chosent grâce aux voix de l’ordinateur.  Paul n’a en effet que 23 minutes pour tuer les démons à cause d’un alignement solaire. Si cela ne tient pas forcément debout, ces explications ont au moins le mérite de nous expliquer l’histoire de manière claire. A partir de là, le film est identique à la version cinéma, à une différence prés.

La première mort dans l’espace, normalement tuée par Pinhead, change, et c’est à présent le chien cénobite qui s’y colle. Ainsi, tout le monde est content, dans l’espace, chaque cénobite aura pu tuer une personne. Soyons clair, cela ne change en rien le métrage ni la qualité de cette partie, il s’agît juste d’une différence amusante qui nous confirme que la production voulait par moment plus de sang. La suite du métrage sera identique, les cénobites vont tuer les occupants du vaisseau, et la femme de l’équipe elle, parviendra à se sauver en rejoignant la navette et en tuant le chien cénobite. Autant dire que jusque là, la partie dans l’espace déçoit autant dans la version workprint que dans la version cinéma, mais la fin alternative peut alors commencer. Paul ne quitte aucunement le vaisseau dans la navette de secours, il se sacrifie et reste, nous donnant pour l’occasion un face à face entre lui et les autres cénobites, puisque tout le monde sera présent. Nous avons donc quelques dialogues de plus avec Angélique version cénobite (dont une photo circulait à l’époque, la boite dans les mains. Puis débarquent Pinhead et les frères jumeaux. Un jeu à la fois mental et physique va se jouer entre Paul et Pinhead, où celui ci pense avoir le dessus et commencera à s’énerver. Si la finalité est identique et se solde par la destruction du vaisseau, son déroulement en face à face et l’acception du destin de Paul fonctionne mieux et permet de sauver ainsi quelques idées de la partie dans l’espace, et ainsi de terminer cette version, bien que vue avec une qualité sonore et visuelle déplorable, sur une note bien positive. Cette version workprint de Hellraiser Bloodline est donc pour les fans de la saga un petit bijou et une façon de voir le travail original effectué sur le film, et surtout de voir un film plus cohérent et maîtrisé. On en vient à être dégouté de la version cinéma, même si celle ci nous offre une qualité d’image irréprochable et les plans gores finalisés, et on en maudirait Dimension Films. Hellraiser Bloodline, dans cette version, n’aurait pas été un chef d’œuvre (tout comme la version Producer Cut de Halloween 6), mais nous aurait tout de même permis d’apprécier plus l’œuvre grâce à une vision artistique respectée de son auteur et une histoire compréhensible et qui signifie quelque chose.

NOTE: 10/20
En bref: S’il est dur de juger cette version pour ses qualités visuelles et sonores, le mixage n’étant pas fait et la qualité provenant d’une VHS avec le timecode défilant, Hellraiser Bloodline se révèle bien plus passionnant et intéressant scénaristiquement dans sa version originelle.

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