Critique: Hiruko the Goblin

Publié le par Rick Jacquet

HIRUKO THE GOBLIN

Hiruko the goblin
Titre original: Yokai Hanta - Hiruko
1990 - Japon
Genre: Fantastique
Réalisation: Shinya Tsukamoto
Musique: Tatsushi Umegaki
Scénario: Shinya Tsukamoto
Avec Kenji Sawada, Masaki Kudou, Hideo Murota, Naoto Takenaka et Megumi Ueno


Un homme va libérer, un peu par hasard, une nuée d'esprits maléfiques, dont le nid se trouve être à proximité d'un lycée de campagne. Ayant pris la forme d'araignées hideuses, ces curieux fantômes vont traquer sans relâches leurs victimes afin de leur arracher la tête.

Après avoir réalisé le gros choc que fut Tetsuo en 1989, Shinya Tsukamoto va très rapidement accepter de réaliser un film de commande, un film de studio, et donc, visant un public beaucoup plus large. Pour ceux qui connaissent un tant soit peu l’œuvre du metteur en scène, aucun doute que Hiruko déçoit dès ses premières images, son plus grand défaut étant l’attente que l’on mettait en lui. A aucun moment ou presque on retrouvera la rage et l’intensité d’un Tetsuo, ce qui n’était absolument pas le but du metteur en scène en faisant ce métrage qui voulait simplement fournir un film classique. Passé la comparaison avec l’ensemble de l’œuvre de Tsukamoto, Hiruko est un film fantastique tout à fait sympathique, très (trop) optimiste, qui fait passer un très bon petit moment, possédant son lot de scènes fortes et d’effets sanglants. Les premières images ont de quoi surprendre. On y voit un homme un peu niais (Kenji Sawada, que l’on verra plus tard dans Happiness of the Katakuris) faire de l’archéologie avec des outils un brin spéciaux pendant qu’un de ses amis explore un tombeau situé sous un lycée. L’homme va être rejoint par une jeune lycéenne en vacance, traversant les champs sur son vélo. Le décors est planté, Hiruko surprend, déjà par son cadre très campagnard (Tsukamoto préfère représenter la froideur urbaine), puis par la simplicité de sa mise en scène professionnelle (des plans fixes, de très beaux éclairages) et à première vue, par son aspect grand public. Les personnages sont pour la plupart des jeunes, l’histoire est quelque peu classique et un peu longue à démarrer.

Mais dés que cela démarre véritablement, et malgré les facilités du scénario et de l’ensemble, si l’on parvient à se prendre au jeu, Hiruko se révèlera, à quelques passages prés, une excellente surprise. Masao Yabe sera le héro de cette histoire. Jeune lycéen, il est amoureux de Tsukishima, qui malheureusement, va périr dés le début du métrage, et se faire posséder par les esprits démoniaques, puisque la jeune femme verra sa tête sur un corps d’araignée. Tsukishima se verra d’ailleurs attribuée les plus beaux passages du métrage. Quoi qu’il en soit, Masao est étroitement lié aux événements qui vont se passer ici, puisqu’à chaque nouvelle victime, une brûlure va apparaître sur son dos, représentant le visage du défunt. Les victimes, elles, seront toutes décapitées, et Tsukamoto va se lâcher totalement au niveau du sang, rendant l’ensemble totalement surréaliste. Mais c’est justement lorsqu’il ira à fond dans le surréalisme que le film se révélera être plus drôle, ou plus saisissant. Masao aura à ses côtés son oncle Hieda, revenu ici suite à une lettre du père de Masao, qui n’est toujours pas totalement remit de la mort de sa femme. Ensembles, ils vont errer dans le lycée pour tenter de comprendre ce qu’il se passe, affronter les démons, et surtout, pour emprisonner à nouveau les démons. Démons que l’on verra peu au départ, Tsukamoto préférant la vue subjective rapide et tournant dans tous les sens comme l’avait été celle des Evil Dead avant lui. Mais passé la première demi-heure, on apercevra enfin les démons, lors d’une scène magnifique où Tsukishima chante, la tête dépassant du lac, entourée par la brume, avant que des pattes d’araignées en sortent. A partir de là, Hiruko ne sera qu’une série B mêlant horreur (les décapitations sont nombreuses) et humour (le personnage de Hieda étant un peu niais) pour notre plus grand bonheur, dans une bonne ambiance générale.

A partir de là, le film sera complété par quelques moments de génie, comme cette scène fantasmée par Masao qui, armé d’une tronçonneuse, retrouvera sa bien aimée dans un environnement des plus paisibles, malheureusement parfois contrebalancées par des moments nettement moins glorieux. Mais le tout avance à un rythme soutenu, les effets sont plus que corrects, et l’animation image par image des démons est sympathique et fonctionne. Le tout nous mènera jusqu’à un final où le film ne lésinera pas sur les effets spéciaux, ni sur l’humour, et malheureusement, les bons sentiments. Achever Hiruko ainsi était un pari très risqué pour Tsukamoto, un pari qu’il rate partiellement, vu l’impression que nous laisse les derniers instants du film, d’une niaiserie assez hallucinante, mais malgré ses défauts, Hiruko est une œuvre difficile à détester, mais bien difficile à aimer aussi. On passe certes un bon moment mais on aurait aimé que Hiruko sorte plus des sentiers battus, la déception provenant surtout du fait que le film est réalisé par Tsukamoto qui nous avait assommé avec Tetsuo. On ne retrouvera jamais cette ambiance ici, mais quelques beaux moments à la campagne nous rappellent que Tsukamoto peut aussi faire autre chose et sortir de son environnement urbain, comme il le fera également plus tard avec Vital, encore un film qu’il est difficile de détester, mais qu’on ne peut aimer pleinement.

 

NOTE: 11/20
En bref: Hiruko reste sympathique, traversé par quelques idées de génie côtoyant quelques idées beaucoup moins joyeuses, mais l’ensemble sait être divertissant et rythmé pour maintenir l’attention.

Publié dans Critiques

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