Critique: Hors d'atteinte

Publié le par Rick Jacquet

HORS D'ATTEINTE

Hors d'atteinte
Titre original: Out of sight
1998 - Etats Unis
Sortie française le 2 Décembre 1998
Budget: 48 millions $
Genre: Policier
Réalisation: Steven Soderbergh
Musique: David Holmes
Scénario: Scott Frank d'après Elmore Leonard
Avec George Clooney, Jennifer Lopez, Ving Rhames, Dennis Farina et Don Cheadle


Jack Foley n'a pas son pareil pour braquer en douceur les banques. Malheureusement pour lui, il est poursuivi par la guigne et se retrouve condamné pour la troisième fois à une peine de prison. Alors qu'il a vent d'un projet d'évasion dans les rangs de prisonniers, il en profite pour se faire la malle, avec l'aide de l'un de ses complices en liberté, Buddy. Karen Sisco, une marshall, tente de s'interposer ; les deux hommes l'embarquent avec eux, Jack montant dans le coffre avec elle. Coincés dans ce lieu exigu, Jack et Karen font connaissance avant de, rapidement, tomber amoureux l'un de l'autre. Un jeu du chat et de la souris commence alors entre eux deux...

Au milieu des années 90, les bonnes adaptations d’Elmore Leonard sont nombreuses. En 1995 avec déjà Get Shorty, comédie policière avec Travolta, puis en 1996 avec Jackie Brown de Tarantino, son film le moins référencé (enfin en réalité, autant, mais plus subtilement que dans Kill Bill par exemple), et sans doute un de ses meilleurs. C’est en 1998 que débarque Hors d’atteinte, qui vaudra enfin à Soderbergh, après presque 10 ans d’ignorance de la part du public et des majors après la Palme d’Or (pour Sexe, mensonges et vidéo), la reconnaissance. D’ailleurs, sans que le spectateur lambda ne s’en aperçoive, les trois films sont liés. Hors d’atteinte est produit par Danny DeVito et Barry Sonnenfeld (le producteur et le réalisateur de Get Shorty), et se permet des caméos de Michael Keaton, qui reprend son rôle de Jackie Brown, et de Samuel L. Jackson et Dennis Farina. Budgété à 48 millions de dollars, Hors d’atteinte est également la première collaboration entre George Clooney et Steven Soderbergh, avant que ceux ci ne créent leur propre société par la suite, Section Eight, pour produire des films d’auteurs au sein d’un studio sans la pression des studios. Quoi qu’il en soit, c’est donc en 1998 que Soderbergh accède à un budget lui permettant plus de choses, et il s’en donne à cœur joie dans ce métrage, mettant toute sa maîtrise de la mise en scène au service d’une histoire au départ classique, mais qui se révélera au final savoureuse. Il nous propose de suivre Jack Foley, un braqueur de banque qui aime faire les choses en douceur, braquer sans arme, sans panique, sans prise d’otage, juste en discutant. Pour cela, il n’a pas son pareil, mais la chance malheureusement n’est pas toujours avec lui. C’est après un casse ingénieux et surtout improvisé en début de métrage qu’il se retrouvera en prison à cause d’une bête panne de voiture. Direction la prison, où il rencontrera toute une série de personnages : Buddy (Ving Rhames), Maurice (Don Cheadle),  Glenn (Steve Zahn) ou encore Chirino (Luis Guzman). Des personnages très différents, haut en couleur. Bien sur, Jack ne peut rester en prison et va s’évader, avec l’aide de Buddy et de Glenn.

Et comme toute évasion, rien ne se passera comme prévu, puisque Buddy et Jack seront obligés, pour prendre la fuite, d’emmener avec eux Karen Sisco, une marshall. C’est à partir de là que la mise en scène de Soderbergh, la construction du récit, le développement des personnages et également le charme des acteurs feront mouche. George Clooney dans le rôle de Jack est charmeur au possible (le personnage de braqueur charmeur pourrait être les prémices de Ocean’s eleven trois ans plus tard), et Jennifer Lopez prouve qu’elle peut parfois être une bonne actrice, ce qui n’arrivera pas souvent, il faut bien l’avouer (outre Hors d’atteinte, on pourra citer U-Turn de Oliver Stone réalisé l’année précédente). Les deux forment un couple parfait à l’écran, et leur romance improbable est tout à fait délicieuse. La caméra de Soderbergh filme avec brio cette romance, que ce soit dans un lieu exigu, comme le coffre d’une voiture ou des lieux plus classiques (bar, hôtel). Le film s’amuse à mélanger les différents genres, que ce soit le polar, la comédie, ou la romance pure, et c’est un véritable petit plaisir. Comme souvent, Soderbergh s’intéresse finalement bien plus aux personnages qu’au côté polar de son film (comme il le fera plus tard dans Solaris, où il s’intéressera avant tout à l’histoire d’amour plutôt qu’à l’aspect science fiction du métrage). Autant dire que c’était le bon choix, la romance ne tombe jamais dans la romance à l’eau de rose, mais est tout en finesse et subtilité, les personnages se cherchent, parfois se trouvent, mais finalement, tout les oppose. Karen doit coincer Jack, mais est bien évidemment attirée par lui. Jack prépare un nouveau coup à Détroit, et tous ses problèmes vont découler de là. Trahison, faux semblants, gestes héroïques (mais finalement tout simplement humains), attirance contre nature, la vie n’est pas facile pour Jack. Karen va envahir ses pensées autant qu’il va envahir les siennes.

Filmant le tout avec retenue et sobriété, Soderbergh se permet également quelques touches d’humour bienvenues, qui ne tombent jamais dans la facilité ou l’effet de trop. On retiendra le passage de l’hôtel, ou le FBI doit prendre Jack et Buddy par surprise dans leur chambre, Karen attendant dans le hall, et où les deux malfrats échapperont sans faire exprès au FBI en prenant l’ascenseur avec une vieille dame. Jack et Karen se croiseront de loin, et, bouche bée, se feront un signe de main. Ce genre de passages, nombreux dans le film, tout bête à l’écrit, deviennent tout simplement jouissifs à l’écran. On retiendra également le portait que fait Soderbergh de ses braqueurs, un peu ratés sur les bords, ne respectant pas beaucoup les autres. C’est là la magie du film, jusqu’à un final, dont on se doute un peu, mais qui captive tout de même, car nous sommes attachés à ces personnages, et le mélange humour romance et polar fonctionne toujours, jusqu’à la dernière image. Soderbergh signe sa première réussite à gros budget, un film de personnages et de situations. Même avec un budget élevé, il reste fidèle à lui même, et ne cède pas aux effets de styles de ce genre de métrages.

 

NOTE: 15/20
En bref: Une bien belle réussite, entre polar, romance et comédie, sans qu’un élément soit de trop. Clooney et Lopez sont parfaits, la mise en scène classe, le film jouissif.

Publié dans Critiques

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