Critique: Ichi

Publié le par Rick Jacquet

ICHI

Ichi
Titre original : いち
2008 - Japon
Genre: Chambara - Action
Réalisation: Fumihiko Sori
Musique: Lisa Gerrard et Michael Edwards
Scénario: Kan Shimosawa
Avec Haruka Ayase, Takao Osawa, Shido Nakamura, Yôsuke Kubosuka et Riki Takeuchi


Dans le Japon médiéval, Ichi est une jeune orpheline, aveugle de naissance, qui gagne sa vie en jouant de la musique de village en village. Mais derrière ses airs fragiles se cache un tempérament guerrier. La jeune fille possède notamment un talent exceptionnel dans l'art de manier le sabre, arme qu'elle dissimule dans son bâton de marche.  Un jour, elle fait la rencontre de Toma, un samouraï en pèlerinage, et lui sauve la vie.

Zatoichi, quand on croit que c’est terminé, il y en a encore. Longue saga, Kitano l’avait achevée en 2003 en signant un film sobrement intitulé Zatoichi. Film qui était au départ destiné à Takashi Miike, qui se vengera en faisant son film de sabre avec IZO, où il fera jouer Kitano. Puis, plus rien sur le personnage de Zatoichi. Serais-ce la fin, comme pour Godzilla ? Pas du tout. La saga reprendra vie dés 2008 de trois manières différentes. En 2008, on aura donc un nouveau film, qui nous intéresse ici, Ichi, qui place dans le rôle du sabreur aveugle… une femme ! Pourquoi pas après tout. On aura ensuite en 2009 une pièce de théâtre réalisée par… Takashi Miike, où Zatoichi est joué par son compère de toujours, Sho Aikawa. Autant dire qu’il a bien prit sa revanche. Et pour finir, cette année (2010 donc), voilà qu’un nouveau film de cinéma sort, remettant un homme dans la peau de Zatoichi. Les longues sagas juteuses comme ça, on en entend toujours parler, elles reviennent toujours, un peu comme en Amérique les James Bond. Une trentaine de Zatocihi, une vingtaine de Godzilla et James Bond. Enfin, c’était pour la petite histoire, parlons à présent de Ichi. N’étant pas un grand connaisseur de la saga à l’exception de quelques opus vu par hasard et du Kitano, mon avis sera très objectif envers le film en lui-même, et je ne chercherais aucunement à comparer le métrage avec le reste de la saga. Et c’est sans doute, vu ce que j’ai pu lire un peu partout sur le net, ce qui m’a fait apprécier (apprécier hein, pas adorer non plus !) le métrage en question. Ichi a tout du banal film de sabre comme le Japon en fait par douzaines. Ichi donc, une jeune femme, aveugle, passant de villages en villages après avoir quittée le refuge d’aveugle où un guerrier l’avait laissé après lui avoir apprit le maniement du sabre. Pour survivre, elle joue de la musique, et possède une ouïe très développée (bon allez, je lance la comparaison avec le film de Kitano, cet élément est présent dans les deux métrages). Dés le début du métrage, on comprend les raisons de sa solitude (elle a été rejetée par les autres aveugles pour avoir eu une relation avec un homme), et elle rencontre un jeune samouraï, Toma (Takao Osawa, que l’on avait déjà vu manier le sabre dans Aragami de Kitamura).

Alors là, deux guerriers, on se dit que c’est la fête, ça va gicler, Kitamura style. Oui mais non. Toma est bel et bien un samouraï, mais qui est incapable de se servir de son sabre, depuis un traumatisme de jeunesse, et malgré tous les talents qu’il a. Ichi elle, jouée par Haruka Ayase, petite star au Japon, chanteuse, et actrice dans  Cyborg She par exemple (que je n’ai pas encore vu, mais l’erreur sera vite réparée), préfère rester à l’écart des gens. Elle le dit elle-même, les enfants sont purs, la plupart des adultes non, mais elle n’aime pas les enfants non plus car ils sont bavards et collants. Malgré tout, elle sauvera la vie de Toma (qui à la base voulait la défendre de trois bandits), et ils vont partir ensembles au village le plus proche, où une « guerre » se déroule, entre ceux qui dirigent la ville, la famille Shirakawa, et Banki et sa bande de voleurs. Toma va se retrouver dans ce conflit bien malgré lui, et Ichi également, à la recherche de celui qui lui a apprit à manier le sabre tant d’années auparavant. Voilà les grandes lignes de l’intrigue. Dis comme ça, on peut s’attendre à un superbe film, avec des personnages intéressants et de l’action en veux-tu en voilà dans un petit village d’époque. Bref, un divertissement intéressant. Et il y a beaucoup de vrai là dedans, mais malheureusement pas mal de fausses notes à quasi tous les niveaux également. Ichi et Toma sont deux personnages très bien écrits, et l’intrigue s’axera autour d’eux. Ils ont la chance d’être interprétés par de bons acteurs, qui s’investissent dans leurs rôles sans en faire trop, en restant sobre. On découvrira le passé des personnages, ce qui les anime au fur et à mesure qu’ils voudront bien se dévoiler l’un à l’autre, dévoilant leurs forces et leurs faiblesses, leurs buts, leurs craintes. Là-dessus, rien à dire, un soin a été apporté à leurs personnages et les acteurs y croient. Là où le bas blesse dans l’interprétation, c’est dés que l’histoire met en scène les « méchants ». Nous avons droit dans le rôle de Banki à un Shidô Nakamura surjouant toutes ces scènes, rigolant comme pas permis. Pire, dans le rôle d’un de ses sous fifres, on retrouvera Riki Takeuchi. Oui oui, l’homme qui surjoue quasi tout le temps en portant des lunettes de soleil et des vestes en cuir, qu’il troque ici contre un katana et un une tenue d’époque, mais une coiffure « cool ». Si son interprétation pouvait passer dans un LoveDeath de Kitamrua grâce au ton général du métrage où dans la trilogie Dead Or Alive de Miike, ici, il fait tâche. Avec de tels méchants, le film perd en crédibilité.

Cela pourrait être pire vous me direz, vu que l’on peut s’attacher aux deux personnages vraiment principaux, et c’est vrai. Pourtant il y aura d’autres fausses notes. Le scénario, s’il utilise parfois de bons gros artifices pour faire passer ses idées et ses bons sentiments, tient la route dans son ensemble, sans grosses fautes notes, alternant des instants plus dramatiques avec des instants plus guerriers. Le réalisateur, pour accompagner son film, a fait appel à Lisa Gerrard et Michael Edwards pour la musique. Choix judicieux, Lisa Gerrard ayant déjà prouvée ce qu’elle savait faire sur la musique de Gladiator de Ridley Scott, et elle signe là de très bons morceaux collant parfaitement aux images et arrivant à mettre un peu de poésie là où il n’y en avait pas toujours. Le réalisateur a alors, malgré ses choix de direction d’acteurs discutables quand il s’agît de faire le méchant à l’écran, de bonnes cartes en main. Il nous en met plein la vue au niveau de sa mise en scène d’ailleurs le bougre. Eclairages, cadrages, décors, un très grand soin a été apporté à tout l’aspect visuel du film. Les décors naturels tout comme ceux du village sont tout simplement sublimes. Les cadrages, souvent judicieux, sont proches des personnages dans les passages intimes, et cherchent à être plus stylés et à donner de l’ampleur à l’ensemble lors des combats. L’éclairage est également très travaillé. Mais l’ensemble parait justement bien trop propre par moment, là où (oui désolé, encore une comparaison) le film de Kitano s’avérait beaucoup plus sombre et poignant, ici, le réalisateur effleure de manière discrète certains sujets, pour ne pas choquer et garder une bonne ligne de conduite, et pour plaire à tout le monde. Ce sera le même cas de figure pour les combats, relativement courts et softs. Fumihiko Sori est bon pour mettre en scène ses images, il possède un scénario correct, des acteurs qui pourraient être tous bons, mais non, au lieu de faire un très bon film, il flingue lui-même son métrage avec des choix discutables et se contente donc de livrer un petit film sympathique, déséquilibré, valant plus pour ses personnages principaux que ses méchants ou ses combats, soutenu par une splendide musique. S’il te plait, donc, la prochaine fois, va à fond dans ton sujet !


NOTE: 13/20
En bref: Visuellement splendide, le scénario est bon, les personnages intéressants, les acteurs principaux excellents. Grosses ombres au tableau : le réalisateur effleure parfois son sujet, les méchants surjouent tous, l’ensemble est bien trop propre. Beau et divertissant, mais ça aurait pu (dû) être beaucoup mieux.

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