Critique: Isola

Publié le par Rick Jacquet

ISOLA

Isola
Titre original: Isola: Tajuu jinkaku shôjo

2000 - Japon
Genre: Fantastique
Réalisation: Toshiyuki Mizutani
Musique: David Matthews et Takeo Miratsu
Scénario: Hiroshi Hatajima, Mugita Kinoshita, Atsushi Kuwahara et Toshiyuki Mizutani d'après le roman de Yûsuke Kishi
Avec Yoshino Kimura, Yû Kurosawa, Ken Ishiguro et Makiko Watanabe


Une jeune femme, Yukari, capable de lire dans les pensées des gens, arrive à Kobe afin d’aider les survivants du tremblement de terre de 1995. Elle va alors tomber sur une lycéenne, Chihiro, victime de personnalités multiples. Parmi ses treize personnalités se trouve Isola, une personnalité meurtrière.

Les films sur les personnalités multiples sont plutôt rares, et c’est pour cela qu’ils sont intéressants, parce qu’aucun d’entre eux ne se ressemblent véritablement. Nous avions eu le thriller de De Palma, l’Esprit de Caïn par exemple, mais du côté des asiatiques, le sujet est plus souvent abordé : Hasami Otoko (Man behind the scissors), la mini série MPD Psycho de Takashi Miike, et en 2000, le film qui nous intéresse, Isola. Tous ces films ont tout de même un point en commun : parmi les différentes personnalités du personnage se cache toujours un tueur. Isola ne déroge pas à cette règle d’or. Le film s’ouvre sur quelques images d’archives du tremblement de terre de Kobe, en 1995, nous ramenant immédiatement à une triste réalité. Mais plutôt que de jouer la carte du réalisme, le réalisateur ne pose que cette pose pour broder ensuite son histoire, qui va immédiatement lorgner du côté du fantastique, en nous présentant les deux personnages principaux, à la fois différents par leur façon de penser et proche par leurs dons, ou plutôt, handicaps. D’un côté, nous avons Yukari, capable de lire les pensées des autres. Pensées devenant rapidement envahissantes, lui provoquant des migraines, et surtout, lui valant des préjugés de la part de ses proches, et de l’ensemble de la population finalement, n’acceptant que trop peu la différence, en ayant peur. De l’autre, nous avons Chihiro, souffrant de personnalités multiples depuis la mort de ses parents, victimes d’un accident de voiture. Elle possède treize personnalités, dont celle de Isola, une personnalité plus forte, et surtout, beaucoup plus agressive. Outre les troubles que les différentes personnalités peuvent produire chez elle, elle est tenue à l'écart par ses camarades de classe. C’est en venant à Kobe pour aider les survivants du tremblement de terre que Yukari va rencontrer Chihiro par l’intermédiaire d’une professeur, étudiant ce cas.

S’il n’y a rien de vraiment nouveau dans cette histoire, outre la période où elle se déroule, le développement de ses deux personnages, et de quelques autres qui viendront se greffer à l’histoire au fur et à mesure que celle ci se dévoilera, seront aussi intéressants qu’attachants. L’histoire va mettre tout son temps pour se mettre en place et dévoiler ses cartes (ce qui pourra en énerver certains), mais le réalisateur (et co-scénariste) va tout faire pour ne pas endormir le spectateur, en proposant quelques scènes de meurtres, peu sanglantes certes, mais parfois surprenantes. Pendant un moment, le réalisateur parvient presque à nous faire croire que le scénario veut céder à la facilité en empruntant la voie du film de fantôme. Petit à petit, l’histoire va se révéler, et se permettre de nous faire flipper une ou deux fois, avant de quitter la voie tragique des personnalités multiples pour prendre celle du film fantastique pur et dur. Un changement radical plaisant, permettant d’exploiter de nouveaux horizons, ce qui rapprochera finalement beaucoup plus Isola de MPD Psycho (la personnalité créée par une expérience) que des autres films traitant du sujet. Plus le sujet avancera, plus nous quitterons le domaine du rationnel, puisque Isola serait en fait l’âme d’une défunte, qui, n’ayant plus de corps, a trouvé refuge parmi les personnalités de Chihiro. Et lorsque celle ci se retrouve en danger, agressée, Isola prend le dessus afin de faire ce que les autres personnalités ne le peuvent pas : tuer. On regrettera juste de ne pas en savoir plus sur les 11 autres personnalités de Chihiro, puisque seule la principale et Isola sont développés ici. On regrettera également que le film cède à certaines facilités, notamment visuelles, lors des attaques de Isola, ce qui ne l’empêche cependant pas d’être très agréable à regarder. Rapidement, d’autres personnages font leurs apparitions dans le récit, apportant diversités et surtout, explications. Explications importantes, et de nouveaux personnages permettant avant tout à Yukari de s’exprimer enfin sur ce qu’elle ressent et la raison de sa venue ici. Si les personnages sont donc le gros point fort de l’œuvre, surtout que l’histoire évolue en plein fantastique, le final semblera bien trop simpliste et vite emballé, nous laissant quelque peu sur notre faim. Dommage.


NOTE: 13/20

En bref: Une intrigue et une variation intéressante sur les personnalités multiples. Les personnages sont intéressants, mais certains pas assez développés, le film réserve de bons moments mais le final arrive trop rapidement.

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