Critique: IZO

Publié le par Rick Jacquet

IZO

IZO
2004 - Japon
Genre: Inclassable / Chambara philosophique
Réalisation: Takashi Miike
Musique: Koji Endo et Kazuki Tomokawa
Scénario: Shigenori Takeshi
Avec Kazuya Nakayama, Kaori Momoi, Ryuhei Matsuda, Yuya Uchida, Kazuki Tomokawa et Takeshi Kitano


A la fin du 19ème siècle Izo, un samuraï combattant les hommes du Shogun, est capturé après avoir éliminé nombre de ses ennemis. Il meurt crucifié mais revient de nos jours à Tokyo, sa rage est devenu inextinguible, jusqu'à attirer l'attention de puissances supérieures... Comme pour beaucoup de films du réalisateur, se lancer dans une critique n’est pas chose aisée. Encore moins pour IZO (lettres capitales obligatoires pour le titre). A travers les différents titres du metteur en scènes, le spectateur attentif, ou le cinéphile, aura pu remarquer que Takashi Miike aime David Lynch. Son film Gozu, de 2003 (un an avant IZO donc) était un savant mélange de l’univers si imprévisible du réalisateur avec deux films du cinéastes indépendants américain. Sailor et Lula pour le côté road movie et Twin Peaks pour la petite ville tranquille, ses habitants tous plus étranges les uns que les autres et les choses, plus horribles, se cachant sous la surface des choses. IZO en quelque sorte, est le Miike ultime, un peu comme l’est, bien qu’arrivant après, INLAND EMPIRE (en majuscules également) de Lynch. Outre cette ressemblance dans la façon d’écrire les titres, les deux films mettent en avant l’étrangeté en melant et entremelant des scènes n’ayant à priori rien à voir entre elles. Enfin, passont sur les ressemblances et les influances, allons directement à l’essentiel, c’est à dire le film lui même.

Le film commence, nous sommes de nuit, dans une clairière probablement. IZO est crucifié, et s’apprête à être transpercé de toute part par des lames. Prologue qui annonce d’ore et déjà la couleur: du sang, du sang, et..... encore du sang. De par son intrigue décousue au maximum, son étallage de sang en veux tu, en voilà et ses choix musicaux, IZO a tout de l’oeuvre qui partagera au maximum les spectateurs. Il y a ceux qui y verront un chef d’oeuvre absolu, et ceux qui y verront un film creux, sans interet, répétitif, et sans aucune sensibilité. Sans pour autant critiquer le spectateur qui n’adhérera pas du tout, il s’avérerais juste qu’il ne sont pas sensibles à la sensibilité, certes étrange, du cinéaste. Entre deux scènes de carnages, il ne sera pas rare de voir le personnage errer dans un champ de fleur, entendant les voix de deux jeunes femmes se moquant de lui, pendant qu’un guitariste (Kazuki Tomokawa) joue une chanson triste. Les passages musicaux d’ailleurs, joués à l’écran par le guitariste d’ acid-folk Kazuki Tomokawa, seront assez nombreux, et s’étireront en général sur... et bien, les chansons seront en entières dans le film, le personnage suivra celui d’IZO dans sa quête de destruction et de morts, sans que l’on ne sache vraiment de qui il s’agît. Simple guitariste, une partie de l’esprit de IZO se matérialisant, hallucination ? La réponse ne viendra pas. D’ailleurs, pratiquement aucune réponse ne viendra, ce qui continue de faire du film une oeuvre inclassable et réservé à un public avertit, et surtout, très réduit. Et ce, dès le début. Le spectateur est plongé dans l’absurdité totale, et l’incompréhension générale. IZO meurt transpercé, puis se retrouve dans les rues de nos jours. Un homme annonce qu’il “arrive”, puis IZO se retrouve à courir dans une allée, où il rencontre l’âme d’un défunt qu’il a précédemment liquidé dans une autre vie.

Et c’est ainsi pendant les 2h10 du film. Déstabilisant. Mais en même temps, raffraichissant et plaisant, on a enfin l’impression de voir un film hors du commun, de vivre une expérience, et pas seulement de suivre une histoire qui nous est contée. D’ailleurs, comme c’est (encore) le cas pour le récent INLAND EMPIRE, on vit le film, et à la sortie, on n’est pourtant toujours incapable de parler du film, car on n’en sait finalement pas plus qu’en entrant dans le film. Le personnage ne fera qu’errer, tout comme le spectateur, dans divers espaces temps et époques, sans le moindre repère. Quel que soit l’endroit où se retrouve le personnage, il accomplira ce qu’il fait le mieux, et donc, en quelque sorte, sa destinée: tuer. Que ce soit des yakuza, des vampires, des femmes, des enfants, des militaires. Rien ne pourra arrêter le personnage, car comme dit par divers personnages, ayant pour la plupart peur de lui, IZO est déjà mort, et le mort elle même refuse de le prendre, de s’en occuper, de le laisser reposer en paix. IZO ne peut mourir, et est destiné à errer, ayant été tué par son maître, alors que celui ci ne l’est pas. IZO fera se fera donc justive à sa façon, se faisant vengeance lui même, en tuant innocents comme coupables. Mais si IZO est animé par la vengeance, celle ci est traître, puisqu’au fur et à mesure de son avancée, il en subira les conséquences. Sa propre vengeance finira par le ronger, lui rendre sa vie, paradoxale et confuse, désagréable, voir lassante. Kazuya Nakayama, jouant le personnage titre, s’en sort à merveille pour son premier grand rôle.

Mais tout n’est pas noir dans le film. Malgré son caractère adulte, violent, sanglant, Miike parvient également à faire, comme souvent, bien plus. Si les principales qualités de son cinéma étaient ces thèmes, ses prologues, ses finals, et ses excés, IZO est encore à part. Doté d’un casting superbe d’acteurs reconnus au Japon, d’un scénario hyper complexe, des excès habituels du réalisateur (des zombies nazis, IZO tuant sa propre mère ou faisant l’amour avec la mère de la terre), IZO est une expérience cinématographique adulte comme il nous en est rarement proposée, qu’il ne faut pas rejeter en bloc. Les détracteurs habituels de Miike lui reprocheront bien entendus sa violence et sa longueur, mais il faut voir au delà, le message du film, la sensibilité qui y est, la beauté des plans, notamment dans le final, avec cet homme, gouvernant divers ministres, affublé d’un serpent, ou des papillons s’échappant de la tête décapitée d’une énième victime du personnage vengeur. Regarder IZO, c’est voir tout, et voir rien, c’est vivre le personnage, accepter de se perdre comme lui et donc, accepter le parti prit du film dés le départ. Le film reste une des oeuvres les plus complétes du réalisateur, un peu sa pièce maîtresse.


NOTE: 20/20

En bref: IZO est un film unique, complexe, qu’il faut vivre. L’expérience ne se décrit pas.

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