Critique: Le Repaire du Ver Blanc

Publié le par Rick Jacquet

LE REPAIRE DU VER BLANC

Le repaire du ver blanc
Titre original: Lair of the white worm
1988 - Angleterre
Genre: Vampires
Réalisation: Ken Russell
Musique: Stanislas Syrewicz
Scénario: Ken Russell d'après Bram Stoker
Avec Amanda Donohoe, Hugh Grant, Catherine Oxenberg, Peter Capaldi et Sammi Davis


Angus Flint, jeune archéologue, trouve dans son jardin le crâne d’une sorte de serpent géant. Le soir même, il rencontre Lord James d’Ampton, dont l’un des descendants extermina jadis, selon une légende, un ver géant, qui était vénéré par un culte bien avant l’apparition du christianisme. Mais ce culte existe toujours, dirigée par la comtesse Sylvia Marsh, une femme vampire/serpent.

Réalisé en 1988 avec un budget plutôt ridicule (pour les ambitions du réalisateur) de 2,5 millions de dollars en Angleterre par un réalisateur autrefois culte, Le repaire du ver blanc, s’annonce, sur le papier, comme une variation sur le thème du vampirisme, l’histoire promettant quelque chose de totalement différent de ce que nous avions l’habitude de voir à l’époque. Mais à l’image, on ne sait pas vraiment comment qualifier le métrage. Vaste fumisterie, navet, nanar, film raté, chef d’œuvre incompris ? Surement pas le dernier choix en tout cas. Le début commence de manière traditionnelle. On pourrait même presque croire à un film totalement sérieux et maitrisé. Angus trouve dans le jardin de la pension où il est un crâne fossilisé. Si l’on retire quelques dialogues de sa copine, on pourrait être emballé. Car oui, dans l’ensemble, les dialogues du film ne volent pas très haut, et font souvent, très souvent même, sourire. En effet, la pauvre femme se demande, en voyant la crâne, s’il ne s’agît pas d’un crâne de vache, avant de penser plutôt à un dinosaure. Heureusement, le dialogue est court, les personnages doivent se rendre à une fête. Fête en l’honneur de la légende du ver géant qui fut coupé en deux par le seigneur d’Ampton 100 ans plus tôt. Et là, Hugh Grant, dans un de ses premiers rôles, débarque à l’écran. Malheureusement pour lui, son rôle, tout comme sa prestation, ne restera pas dans les anales du cinéma, ni du cinéma de genre. En fait, soyons rapidement clair, son personnage n’ajoute strictement rien à l’histoire, et à l’exception d’une scène sanglante et d’une scène amusante, son personnage ne sert strictement à rien, si ce n’est allonger la durée du métrage. Dit comme cela, la vision du Repaire du ver blanc n’a pas l’air très jouissive. Dialogues creux et souvent longs, personnages parfois inutiles, situations un brin ridicules. Mais c’est finalement de ce dernier élément que viendra les « qualités » (entre guillemets car tout est relatif) du métrage.

Ken Russell, en pleine déchéance artistique dans les années 80, se lâche totalement dans ce métrage lors de certaines scènes, et celles ci s’avèrent tellement « autres » que l’on regrette que tout le film ne soit pas mené au même rythme. Les 20 premières minutes n’ont absolument rien d’extraordinaires, on peut y admirer des dialogues parfois amusants, parfois très longs, des situations banales, des acteurs pas toujours au top, de la musique country et apprendre quel est le plat du coin. Passionnant ? Non, mais sans prévenir, le réalisateur se lâche totalement, avec maladresse certes, mais peu importe, budget ou pas, talent ou pas, il peut faire ce qu’il veut sur le film. Sylvia, la jeune comtesse du coin (souvent nue à l’écran, pour le plaisir des yeux), est en fait un vampire serpent (mais aussi vampire ver, suivez) et ira à la pension récupérer le fameux crâne, sans oublier en sortant de cracher (vomir) un liquide vert sur la croix du Christ. Nous l’avons compris, Ken Russell n’est pas religieux, il nous l’avait déjà montré par le passé. Ici, dans son histoire à peu près construite, quand quelqu’un touche ou est contaminé par le venin de Sylvia, il subit des visions atroces. Ces moments seront les plus grands morceaux de « bravoures » du métrage, tant ils iront loin dans le délire et le kitch. Russell ne recule devant rien, et tant mieux. Dans l’une de ses visions, nous verront le Christ sur sa croix, se faisant manger par un ver blanc géant, tandis que des nonnes se font violer par des légionnaires romains juste devant. Le tout avec des effets d’incrustations pour le moins spéciaux, certains diront ratés, mais cela ne donne-t-il pas du charme au métrage finalement ? Il est étonnant de voir ses incrustations totalement ratées et à côtés des effets de maquillages plutôt réussis. Quoi qu’il en soit, ses visions sont toujours similaires, et barrées. Outre cette scène, nous aurons droit à un personnage se faisant transpercer par Sylvia et d’autres vampires, portant des godes ceintures au bout bien pointus. Oui, Le repaire du ver blanc parle également souvent de sexe, parfois de manière tordue, comme dans une scène de rêve où Hugh Grant fantasme un combat entre deux hôtesses dans un avion, et que son érection se manifeste par un stylo rouge se levant. Aucun doute, Russell s’est amusé comme un petit fou à faire son film.

Ces visions et rêves ne sont pas les seuls moments de choix du métrage, heureusement, car sinon l’on s’ennuierait beaucoup sur une heure et demi. L’intrigue va avancer, Hugh Grant partira en excursion avec sa copine, sa sœur et Angus afin de retrouver le père disparu de ses dames, et comprendront rapidement que la légende du ver blanc est véridique. Soyons clair, ces passages sont chiants, mais dés que Sylvia apparaît à l’écran, le spectacle change radicalement. Elle hypnotise ses proies, mord un jeune scout au pénis (si si, véridique), porte un gode ceinture, se peint la peau en bleu, est charmée telle un serpent par certaines musiques. Le film se transforme certes en vrai festival de n’importe quoi, mais cela permet finalement d’éviter le désastre, et rend même le film agréable, et sans cesse surprenant. Cela reste du Z, mais aux effets parfois bien foutus, totalement incohérent, et pourtant, toujours assumé. Mais, et le ver blanc dans tout ça ? Il faudra attendre les dernières minutes du métrage pour pouvoir l’apercevoir, mais on ne le regrettera pas, tant la scène en elle même est phénoménale, n’importe nawak, simpliste, et pas trop mal fichue encore une fois au niveau des effets de maquillages et des miniatures. Entre temps, Hugh Grant se balade toujours dans les grottes, à la recherche d’une solution, en vain. Comme si Russell, en plus de se moquer de la religion et de pas mal d’autres thèmes, se moquait même de ce que l’on n’attend du personnage principal d’une histoire. Le repaire du ver blanc, c’est tout cela, à la fois un gros bordel, un gros ratage, mais des scènes d’anthologies. Le film ne plaira pas à tout le monde, c’est certain.


NOTE: 09/20
En bref: Raté, kitch, dialogues parfois trop longs et inutiles, Le Repaire du Ver Blanc maintient pourtant l’intérêt pour l’amateur de curiosité grâce à quelques scènes d’anthologies.

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