Critique: Mais qu'avez vous fait à Solange?

Publié le par Rick Jacquet

MAIS QU'AVEZ VOUS FAIT A SOLANGE?

Mais qu'avez-vous fait à Solange ? 
Titre original: Cosa avete fatto a Solange ?
1972 - Italie
Sortie italienne le 9 Mars 1972
Genre: Giallo
Réalisation: Massimo Dellamano
Musique: Ennio Morricone
Scénario: Peter M. Thouet, Bruno Di Geronimo et Massimo Dellamano
Avec Fabio Testi, Karin Baal, Joachim Fuchsberger, Cristina Galbo et Camille Keaton


Enrico Rossini est professeur d'Italien dans une école pour filles à Londres. Délaissé par son épouse, il vit une histoire d'amour épanouie avec Elizabeth, une de ses élèves. Au cours de l'une de leurs escapades bucoliques, la jeune femme croit être témoin d'une agression. Enrico ne la prend pas au sérieux, jusqu'à l'annonce du meurtre sadique dans les médias. La victime a été violée et sauvagement mutilée, un couteau enfoncé dans le vagin. Enrico retourne sur les lieux du crime. Un témoin l'aperçoit. Sans alibi, il devient le suspect numéro un. Comble de l'angoisse, le vrai tueur ne tarde pas à suivre Elizabeth, qui en sait trop désormais.

Réalisé en 1972, Mais qu’avez-vous fait à Solange n’a toujours pas prit une ride depuis, alors que le sujet du film même n’est plus vraiment d’actualité, mais le film ne perd aucunement de son intensité et de l’intérêt qu’on peut lui porter. Tous ce qui fait un bon giallo italien est présent dans le film : les meurtres, le tueur ganté, les filles nues, une intrigue policière, des fausses pistes, de la tension, un retournement de situation final, et même un fond social intéressant. Tout ce qu’il faut pour en faire un grand film, et ça ne rate pas. Dés le départ, nous suivons Enrico et Elizabeth, dans une barque, en plein rendez-vous galant. Tout semble se dérouler comme prévu pour eux, sauf qu’Elizabeth, pas prête pour faire le premier pas, aperçoit une jeune femme, nue, sur la berge du lac, puis le couteau de l’assassin. Le jour suivant, elle et Enrico apprennent qu’une jeune femme a été retrouvée morte sur la berge du lac, un couteau planté dans le vagin. La victime en question était une élève dans une école assez stricte de la ville de Londres, et surtout, une camarade de Elizabeth. Avec d’autres élèves, elles formaient un petit groupe bien soudé. Le petit groupe est en danger, mais pire que tout, Elizabeth sait des choses dont elle ne peut pas parler, vu sa situation avec Enrico, qui est son professeur d’italien. Le film se complique et joue donc sur plusieurs bords, et s’attache énormément aux personnages et à l’intrigue, plutôt qu’à l’aspect visuel, pourtant réussis du film.

Les personnages principaux sont très vites attachants, et le spectateur se sent directement concerné par l’histoire, leur situation, que ce soit leurs problèmes sociaux au sein de la société ou de l’école, ou encore vis-à-vis du tueur qui rode, qui ne tardera pas à frapper de nouveau, toujours en visant l’organe féminin le plus « sensible ». La force des meurtres est d’ailleurs d’être utiles à l’histoire, à faire avancer les preuves, les fausses pistes, la caméra se plaçant toujours astucieusement, mais sans jamais nous montrer ce que le spectateur a d’ailleurs peur de voir. Dellamano joue astucieusement avec sa caméra, et la photographie claire et pourtant simple de Joe D’Amato continue de nous mettre dans l’ambiance, dans l’intrigue, plus étouffante au fur et à mesure qu’elle avance, que le sujet du film se dévoile, que les pistes se réduisent. On s’attache facilement à cette histoire, d’autant plus que les acteurs sont tous exceptionnels, totalement investis dans leur rôle. La mort d’un des personnages en milieu de métrage sera donc un petit choc, tant nous avions eu le temps de nous y attacher, et tant ce personnage semblait pouvoir être la clé de l’intrigue. Un petit choc est créé, ce qui était sans aucun doute l’effet désiré, et l’effet produit. Mais encore une fois, en dehors de son aspect giallo, le film marque un grand point sur ses thèmes et ses personnages, et c’est sans doute la raison pour laquelle l’œuvre parvient encore à fasciner.

En effet, tout est là pour choquer, en ne montrant pourtant absolument rien. Le lieu de l’action est une école catholique, le tueur est déguisé en prêtre et enfonce des couteaux dans le vagin de ses victimes. Mais il n’y a pas que le personnage du tueur qui soit finalement à bannir dans cette histoire tantôt violente, tantôt sociale, tantôt sensuelle. Les victimes ont toutes quelques choses à se reprocher, et sont loin, très loin d’être des saintes. Drogue, alcool et orgie, voilà le quotidien des victimes, ce qu’elles cherchent à cacher. Et Solange dans toute cette histoire ? L’arrivée tardive de ce personnage dans l’histoire donne enfin les cartes manquantes pour démasquer et comprendre le tueur. Filmée comme toujours de manière simple, Solange, interprétée par Camille Keaton, petite fille de Buster Keaton, est absolument magnifique, et rien qu’en quelques plans, son personnage envoûte et intéresse. Sentiment amplifié par un magnifique flash-back en noir et blanc sur son personnage, clé du film, filmé main de maître. Alors certes, ce n’est pas sanglant, les meurtres peu nombreux, parfois filmé trop simplement, mais le fond est si intéressant qu’on parvient à oublier la forme par moment.

 

NOTE: 15/20
En bref: Quelques petites faiblesses, mais les personnages et l’histoire sont des plus attachants, et le film se révèle être un excellent giallo, provoquant et sensuel.

Publié dans Critiques

Commenter cet article