Critique: Mirrors

Publié le par Rick Jacquet

MIRRORS

Mirrors
2008 - Etats Unis
Sortie française le 10 Septembre 2008

Budget: 35 millions $
Genre: Fantôme
Réalisation: Alexandre Aja
Musique: Javier Navarrete
Scénario: Alexandre Aja et Grégory Levasseur d'après Sung-ho Kim
Avec Kiefer Sutherland, Paula Patton, Cameron Boyce, Erica Gluck et Jason Flemyng


Ben Carson, un ancien policier employé à la sécurité d'un supermarché détruit par un incendie quelques années plus tôt. Il découvre des choses étranges dans les miroirs d'un magasin...

Mirrors est un remake, ça nous le savons. Il est réalisé par un des jeunes prodiges du cinéma de genre français, Alexandre Aja, qui avait déjà réalisé aux Etats Unis le remake de La colline a des yeux. A présent, à son tour, il tente, toujours avec son compatriote Grégory Levasseur à l’écriture, de se lancer dans l’aventure des remake de films asiatiques, tâche très ardue. Tâche encore plus ardue de part la différence entre les cultures américaines et asiatiques, donnant droit soit à des films différents dans le fond mais pas dans la forme, et donc, ne fonctionnant pas, soit à de simples copier coller encore plus honteux et sans intérêt pour qui a vu l’original. Personnellement, n’ayant pas vu l’original, je ne peux pas faire de comparaison avec celui ci, même si on se doute très rapidement des ajouts provenant de Aja et des producteurs, et des scènes provenant de l’original. Pourtant, même sans avoir vu l’original, le film ne fonctionne jamais vraiment, fonctionnant pourtant comme la plupart des films du genre asiatique, en usant de certaines ficelles scénaristiques et surtout, ayant recourt à la peur par instant plutôt qu’en cherchant à instaurer une réelle ambiance. Du côté de la peur, on est donc en terrain plus que connu, avec des apparitions furtives, des bruitages à nous faire exploser les oreilles au lieu de nous faire sursauter, et quelques ajouts purement américains, avec notamment cette irrésistible envie d’en mettre plein la vue lors du final et de tout faire péter. Comme dit dans ma critique de La colline a des yeux, Aja a du talent dans la mise en scène pure, mais au niveau de l’écriture, cela pèche par moment. C’est donc sur mes gardes que je me suis aventuré dans la salle. Au final, je n’en attendais tellement rien que le film parvint à me convaincre quelque peu.

Soyons clair, Mirrors n’est pas un chef d’œuvre, beaucoup de choses ne sont pas assez exploitées, le scénario reste très prévisible, mais n’est pas aussi creux que celui de La colline a des yeux. Le film parvient même à contenir plusieurs scènes marquantes, dont une en tout début de métrage, scène que l’on aperçoit dans la bande annonce. Aja nous lâche en pleine action, un homme court dans le métro, il tente de fuir quelque chose ou quelqu’un, et se retrouve dans une pièce, sans issue, face à plusieurs miroirs. La peur ne vient pas, mais rapidement, son reflet dans le miroir est animé de vie, et la fin sera tragique pour ce personnage. Effets sanglants à gogo, on sait dore et déjà que le film remplira son contrat de ce côté, mais le reste fait déjà un peu plus peur. L’histoire va se révéler petit à petit, et le scénario ne va malheureusement pas totalement exploiter les différents décors du métrage. Nous faisons, après un générique utilisant jusqu’à saturation des effets de miroirs dans les rues de New York, la connaissance du personnage principal, Ben Carson, joué par un Kiefer Sutherland comme souvent parfait dans son rôle, et ce depuis ces débuts. S’il donne vie à son personnage, on pourra regretter que son passé ne soit pas suffisamment dévoilé, ou même exploité. L’intrigue ne perdra pas de temps, et très rapidement, le personnage se retrouve gardien d’un ancien centre commercial qui a brûlé bien des années plus tôt. L’extérieur de la baptise est sublime, et les décors extérieurs aussi, mais bien trop peu exploités et pas assez mis en valeur par la mise en scène, ou même les scènes elles mêmes. A partir de ce point de départ simpliste, la paranoïa des miroirs va s’installer dans la vie de Ben, mais également de sa sœur, de son ex-femme et de son fils. Là où le film peut intéresser, les miroirs étant présents partout, dans tous les liens, pratiquement toutes les pièces, Aja ne va malheureusement utiliser que des effets de styles gratuits et quelques hausses soudaines de sons pour nous faire sursauter. Le spectateur peu habitué à ce genre de métrage rentrera aisément dans le jeu, le reste un peu moins.

Mais comme dit plus haut, tout n’est pas à jeter, puisque Aja livre tout de même une mise en scène intéressante. Aja est à l’aise, en toute circonstance, autant lorsqu’il doit livrer des scènes intimistes, des scènes d’ambiance (bien que la peur soir finalement peu présente) ou les scènes gores. Dans ce domaine, il s’en donne à cœur joie, car outre la scène d’ouverture, une autre scène aperçue dans la bande annonce restera longtemps gravée dans les mémoires, celle de la baignoire. Effets garantis. Le mot d’ordre sera malgré tout efficace, mais prévisible. Certains effets numériques seront par contre quelque peu ratés, notamment les effets de flammes. La dernière demi-heure par contre nous emmènera dans des horizons quelques peu différents, en nous révélant une histoire de double personnalité, et comme tout film américain, il faut finalement en mettre plein la vue, et le final sera assez surprenant de ce côté là, plongeant une partie de l’action dans l’obscurité d’un côté, et se transformant en véritable chassé croisé dans une maison où les reflets sont partout (les poignées de porte, l’eau qui coule). Un choix finalement plutôt judicieux et original pour ce genre de film. Mirrors, sans être vraiment un chef d’œuvre du film de terreur, ni même un excellent film, garde un intérêt certain grâce à l’utilisation des miroirs, et l’éternelle question de savoir si celle ci nous renvoie le monde tel qu’il est ou une image déformée. A cette thématique, l’histoire de double personnalité s’intègre à merveille et permet de passer un bon moment dans la salle, face à un divertissement d’assez bonne facture, mais auquel il manque, il est vrai, un grand quelque chose. Le propos reste tout de même bien plus intéressant et maîtrisé que celui de La colline a des yeux.


NOTE: 11/20
En bref: Sans convaincre pleinement, le film remplit sa tache, c’est un honnête divertissement, carré, bien réalisé avec son lot de scènes marquantes. La peur est quasi absente par contre.

Publié dans Critiques

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