Critique: Mother of Tears

Publié le par Rick Jacquet

MOTHER OF TEARS

Mother of tears
Titre original : La terza madre
2007 - Italie
Budget: 20 millions €
Genre: Fantastique
Réalisation: Dario Argento
Musique: Claudio Simonetti
Scénario: Dario Argento, Jace Anderson et Simona Simonetti
Avec Asia Argento, Cristian Solimeno, Adam James, Moran Atias, Daria Nicolodi et Udo Kier


Sarah, jeune américaine étudiant l'art à Rome, ouvre malencontreusement une urne maléfique, d'où s'échappe la pire sorcière de tous les temps. Les sorcières du monde entier se rendent alors à Rome pour rendre hommage à leur chef, tandis que Sarah use de son pouvoir psychique pour tenter de contrecarrer les plans de la sorcière...

Vingt huit ans déjà. Vingt huit ans depuis la réalisation de Inferno, le second opus de la trilogie des Trois mères, qui faisait suite à Suspiria réalisé en 1977. Vingt huit ans que l’on attendait le métrage sur la dernière mère, la mère des larmes, mais également que l’on craignait ce métrage. Il faut dire que depuis la moitié des années 80, Argento n’a cessé d’évoluer entre le très bon et le beaucoup moins bon. Du côté des bons, il y a eu Ténèbres, Phenomena, Le syndrome de Stendhal et Le sang des innocents. Pour les autres, Opera souffrait d’un scénario mauvais (malgré une réalisation exceptionnelle), Trauma et Card player n’étaient que de sympathiques petits films de genre auxquels il manquait une âme, et nous ne parlerons même pas du plus gros ratage d’Argento, Le fantôme de l’opéra. On avait donc un peu peur que ce nouvel opus, devant clore la trilogie des trois mères, et donc, faisant suite à deux fantastiques films, ne se situant pas du mauvais côté de la balance. Lors de sa sortie italienne, les critiques furent plutôt mauvaises, et l’accueil plutôt froid lors de sa présentation au festival de Gérardmer. On pouvait donc craindre le pire, et finalement, le pire est évité, en quelque sorte. Mais la déception peut être néanmoins présente, puisque si ce nouvel opus fait suite à Suspiria et Inferno, il n’en conserve peu de choses. Argento ne va pas tenter de faire une nouvelle fois le même travail (Inferno ressemblait parfois un peu trop à Suspiria à mon goût) et va mettre en scène cette nouvelle mère dans un environnement plus crédible, plus classique dirons-nous, moins surréaliste. En quelque sorte, Argento va tenter, tout se permettant des hommages à ses propres métrages et à d’autres du cinéma de genre italien des années 80, mais également à des écrits ou peintures, de situer son film dans un univers plus froid, plus actuel, comme il le faisait dans ses derniers films. Finit les couleurs primaires des deux premiers films. Argento, avec beaucoup de courage, modernise son histoire, et l’ironise quelque peu (parfois volontairement, parfois non, malheureusement).

C’est un Argento en forme que nous retrouvons là, tant dans sa mise en scène que dans la sauvagerie des meurtres (un peu moins au niveau du scénario, qu’il co-écrit, nous y reviendront plus tard). Le ton est donné lors de l’ouverture, avec ce générique orné de peintures diverses rappelant les précédents opus ou les images picturales du Syndrome de Stendhal. Le tout accompagné par la musique, absolument magnifique, de Claudio Simonetti (pour ceux qui ne connaissent pas, il faisait parti des Goblin, qui a composé la musique de Suspiria, Zombie, Les frissons de l’angoisse, avant qu’il ne continue sa carrière en solo, et qu’il ne compose les bandes sons de Opera et Card Player). Le ton est donné, le film peut commencer, et frappe fort, très fort, dés les premiers instants, avec une scène de meurtre totalement surréaliste et gore. C’est bien simple, en barbarerie humaine, Argento n’aura jamais été aussi loin (alors que son épisode Jenifer pour la série Masters of horror allait déjà loin). Argento est en forme, et se laisse aller à son imagination. Pas de temps à perdre, le scénario ira lui aussi à l’essentiel, pour le meilleur, mais également pour le pire. Excellente initiative, afin de moderniser un peu son récit, et la vision de cette dernière mère, la plus cruelle, Argento n’enferme pas son histoire dans un lieu unique (comme c’était le cas dans Suspiria et Inferno), mais dans la ville de Rome. Une urne est trouvée dans un cercueil, et son ouverture va libérer les forces maléfiques, et redonner à la mère des larmes ses forces. Le chaos va alors pouvoir régner sur Rome, où toutes les sorcières vont se réunir afin d’y installer le chaos le plus total, la décadence. Dans un sens, c’est réussi, les scènes sont saisissantes pour certaines, Argento sait ce qu’il veut, on s’y croirait. Mais, à force de trop moderniser son récit, les dites sorcières deviennent quelque peu ridicules, abordant un look aguicheur et se comportant comme des salo**s.  Cette nouvelle vision déçoit un moment, mais après tout, Suspiria et Inferno ne montrait pas cet élément de l’histoire, bien qu’important. Mais il y aura d'autres fautes de goût, outre le look des sorcières, le chaos s'abattant sur Rome étant parfois ridicule, la faute à un manque de budget, ou d'ambitions, ou une panne d'inspiration...

Niveau interprétation, c’est en quelque sorte un petit retour aux sources, puisque l’on retrouve dans le rôle principal Asia Argento, la propre fille de Dario, plutôt crédible lors de la plupart des situations. Elle n’est pas à sa première collaboration avec son père, puisqu’il l’avait déjà dirigée dans Trauma, Le syndrome de Stendhal et Le fantôme de l’opéra. Même ces débuts dans le monde du cinéma ont été effectués sous l’œil attentif de son père à la production (Sanctuaire, Démons 2). En second rôle, c’est avec un plaisir non dissimulable que l’on retrouve, tout d’abord, Daria Nicolodi, co-scénariste de Suspiria et actrice dans de nombreux films de Argento, mais également son ex-femme. On retrouve également Udo Kier, figure importante du cinéma fantastique des années 70 et 80, qui faisait déjà une apparition dans Suspiria. Ici, il joue un prête au destin quelque peu tragique, qu’Argento ne se privera pas pour étirer en longueur, pour le plaisir de nos yeux. Pas grand chose à dire pour le reste du casting, alternant le bon, et le beaucoup moins bon. Mais Mother of tears n’est pas un film que l’on regarde pour la prestation des acteurs, mais pour le spectacle visuel, et dans une moindre mesure, scénaristique, qu’il a à nous proposer. Seulement, au niveau du scénario, le bon va côtoyer le moins bon. Outre la représentation des sorcières différente de l’idée que l’on pouvait en avoir avec les deux premiers films, le scénario va insérer un petit singe dans l’histoire, qui servira à repérer les proies des sorcières. Dans sa course contre la montre pour la survie, Sarah (Asia Argento) devra faire attention aux sorcières, mais également à ce satané petit singe, que l’on verra finalement bien peu, heureusement. Mais là où le film reste le plus poignant, c’est dans sa description de la violence d’aujourd’hui, beaucoup plus crue qu’autrefois.

La mère des larmes était censée être la plus cruelle, et face aux images du métrage, aucun doute à ce sujet, tant le sadisme et la sauvagerie des meurtres dépassent de loin Suspiria et Inferno. Argento va alors se permettre de mélanger sang et sexe, comme il commençait à le faire dans Jenifer pour la série Masters of horror, et les atrocités iront parfois loin (un empalement au niveau du vagin, des orgies se terminant dans le sang). Cette vision cauchemardesque de la sorcellerie fait mouche, tout comme la violence grandissante dans les rues de Rome, montrant à grand coup de métaphore ce que notre société et les instituions religieuses sont en train de devenir. Dans un certain sens, comme dans les deux premiers opus, Mother of tears souffrira d’un final bâclé et surtout, vite expédié, nous laissant quelque peu sur notre faim. Ajoutons à cela des effets parfois ratés dés que ceux ci sont numériques (un homme en feu parcourant Sarah dans les escaliers d’un appartement, peu crédible), ces petits éléments empêchent le métrage d’être l'excellent film moderne qu’il aurait pu être, mais ne l’empêchent pas non plus d’être un bon métrage, osé sur bien des points, et nous éloignant fortement des films de genre actuels bien trop propres. Dommage qu'il souffre d'autant de défauts.

NOTE: 13/20
En bref: Des défauts de scénario, des effets numériques ratés et un final expéditif, mais un film moderne, intéressant, et surtout très osé visuellement et dans son discours. Argento va très loin dans l’horreur, et si ça frise parfois le nanar, c’est un vrai petit plaisir.

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