Critique: Nightmare Detective

Publié le par Rick Jacquet

NIGHTMARE DETECTIVE

Nightmare detective
Titre original : Akamu Tantei
2006 - Japon
Genre: Fantastique
Réalisation: Shinya Tsukamoto
Musique: Chu Ishikawa et Tadashi Ishikawa
Scénario: Shinya Tsukamoto
Avec Ryuhei Matsuda, Hitomi, Masanobu Ando, Ren Osugi et Shinya Tsukamoto


Une série de suicides s’abat sur la ville de Tokyo. Plusieurs personnes sont forcés à se suicider dans leurs rêves. Keiko, jeune femme travaillant dans un bureau pour la sécurité nationale, demande à être sur le terrain, et voilà sa première enquête. Afin de trouver la mystérieuse force qui pousse les victimes à se suicider, elle fait appel à Kyoichi, un homme pouvant entrer dans les rêves des autres.

Shinya Tsukamoto a toujours été un metteur en scène intéressant, et cela depuis son premier film en 1989, son chef d’œuvre Tetsuo. Régulièrement, il tente l’expérience des films de commande auprès des studios. Si l’on est par moment un poil déçu, les films en questions n’en demeurent pas pour autant des œuvres intéressantes (comme le prouvaient Hiruko the Goblin et Gemini). En 2006, après avoir réalisé le moyen métrage Haze, assez éprouvant, Tsukamoto retourne à un film commercial et de studio avec ce Nightmare Detective (avant de signer la suite plus personnelle, et un Tetsuo: The Bullet Man). Et comme toujours, si le film déçoit par certains aspects, il ne faut pas s’arrêter là, bien au contraire, et voir au-delà. Car Nightmare Detective a bien des choses intéressantes à proposer. Dés les premiers instants, on reconnaît en quelque sorte la patte du maître dans l’éclairage, les prises de vues. Tsukamoto nous présente Kyoichi, le Nightmare Detective du titre. Un jeune homme, silencieux, un peu mal dans sa peau (tout ceci sera expliqué bien entendu, mais seulement en parti), qui a le pouvoir de rentrer dans les rêves des gens. Expérience qu’il n’aime pas, puisque comme il le dit lui-même, cette expérience peut être aussi dangereuse pour le rêveur que pour lui. Personnage intéressant, bien qu’un peu classique et parfois en arrière plan, mais interprété avec conviction. Après cette petite introduction dans le monde du rêve (il y aura finalement peu de scènes se déroulant dans cet univers si particulier et pourtant si intéressant) où l’on retrouve la patte du maître avec des visions d’horreur, l’intrigue commence. Les rues de la ville sont froides, les couleurs également, l’ambiance urbaine étouffante, et donc, idéale pour parler d’un des plus grands problèmes de la société japonaise. Les suicides !

On commence à connaître le sujet, depuis les récents Suicide manual 1 et 2, et le Suicide Club de Sion Sono, ainsi que sa fausse suite, Noriko Dinner's Table. On pense d’ailleurs beaucoup à Suicide Club dans la première partie du métrage. La violence des suicides sera également présente. Mais si les deux films traitent le sujet de manière un peu fantastique et surréaliste, Nightmare Detective tente d’aller plus loin dans l’onirisme, mais ira moins loin dans le fond de son sujet. Ici, place au spectacle. Les deux premiers suicides seront d’ailleurs assez chocs. A l’arme blanche, caméra embarquée tremblotante, montage speed, effusions de sang, pas de doute, on retrouve le cher Tsukamoto, même dans cette œuvre de commande, malgré quelques erreurs dans l’histoire, et dans le casting. Hitomi, chanteuse de J-pop à la base, joue le rôle de l’inspectrice Keiko venant d’entamer sa première enquête, quittant les bureaux. Si Tsukamoto s’amuse à cadrer son visage bien souvent en gros plan, son travail d’actrice est loin d’être parfait, comme c’est souvent le cas pour les chanteuses se convertissant (il y a tout de même des exceptions, mais dans le cas de Nightmare Detective, de ses ambitions, et du personnage, Hitomi parait parfois fade)… Par contre, quel bonheur de retrouver, dans le rôle de son supérieur, Ren Osugi, acteur génial qui prouve toujours son talent dans des œuvres diverses et variées (La mini-série MPD Psycho de Takashi Miike, ou encore le film complètement barré Crazy lips). C’est toujours une joie de la retrouver, et ce film ne fait pas exception à la règle. Malgré une maîtrise certaine de la mise en scène et des scènes très violentes, le début de cette intrigue est un peu banal, tout comme son déroulement. Rapidement, les deux detectives chargés de l’enquête, Keiko et Wakamiya vont trouver un indice étrange : toutes les victimes passent un dernier appel à un individu appelé « 0 » qui semble les manipuler jusque dans leurs rêves pour les pousser au suicide. C’est là que Tsukamoto lui-même arrive, jouant 0 avec, comme à son habitude, talent. Son personnage donne une toute autre dimension au film, et à l’œuvre, notamment dans son final, qui reste la meilleure partie du métrage de par son onirisme.

Mais tout ce qui précède, malgré une petite touche de déjà vue, n’est pas en reste, car comme à son habitude, Tsukamoto nous réserve des chocs visuels, une mise en scène soignée, et un ton véritablement très sombre. Quand Tsukamoto réalisateur décidera de nous montrer pour la première fois le visage du tueur lors de la séquence de rêve de Wakamiya, on ne peut que saluer l’entreprise et le visuel opté. Comme quoi, le monde du rêve est encore un mystère qui peut se matérialiser à l’écran de tant de manières différentes, pour notre plus grand plaisir. Mais l’intrigue va véritablement évoluer quand Keiko va mettre sa vie en danger pour démasquer notre tueur, avec l’aide de Kyoichi, notre Nightmare Detective du titre, pour entamer la dernière partie du métrage, éprouvante, où l’on retrouve tant visuellement que dans les thèmes où la façon dont l’histoire nous est contée la patte Tsukamoto, qui va exceller dans tous ses postes (réalisation, scénario, image, montage et interprétation). Alors oui, on pourra regretter quelques longueurs en milieu de récit dues à une certaine banalité, une interprétation parfois fragile de la part de Hitomi, mais ce serait vraiment bête de se priver du nouveau joyau de Tsukamoto, méritant amplement le détour.


NOTE: 14/20
En bref: Une nouvelle réussite pour Tsukamoto, parfois inégale, mais jouissive, oppressante, parfois onirique. Le final réserve de bons moments, le sujet est intéressant, et le film est parsemé d’idées qui valent le détour.

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