Critique: Rainy Dog

Publié le par Rick Jacquet

RAINY DOG

Rainy dog
Titre original : Gokudô kuroshakai
1997 - Japon
Sortie au Japon le 28 Juin 1997
Genre: Policier
Réalisation: Takashi Miike
Musique: Koji Endo
Scénario: Seigo Inoue
Avec Sho Aikawa, Lianmei Chen, Ming-Jun Gao et Tomorowo Taguchi


Ancien yakuza, Yuji s'est éloigné de ce milieu et a trouvé refuge à Taïwan, Taipei plus exactement. Une ville où il pleut tout le temps. Yuji vivote entre petits boulots de nuits, et missions pour un chef de gang qui l'entretient. Complètement solitaire, Yuji mène une vie bien triste, il se le dit lui-même régulièrement, en regardant la pluie tomber de sa fenêtre. Un jour, une femme débarque et lui laisse un petit garçon muet, lui disant que c'est son fils.

1997. Un petit retour en arrière s’impose. Takashi Miike n’est pas encore le réalisateur que l’on connait, n’est pas encore si fou, si profilique, malgré quelques oeuvres folles parues l’année précédente (Fudoh) et la même année que Rainy dog (Full metal Yakuza). Takashi Miike se cherche un peu un style. Et cette année 1997 va confirmer qu’il a un style unique sans vraiment avoir de style. Miike peut en effet faire de tout. Des comédies, des drames, des films d’horreur, des policiers, mais aussi de la science fiction... La liste est longue. Mais le style Miike est voyant à des killomètres: début de folie, final innatendu, rythme en général assez lent, violence parfois insoutenable, sexe malsain... La liste serait très longue. Miike est donc un cinéaste imprévisible, aimant faire ce qu’il veut de ses films. Il est joyeux de tourner, et en profite à chaque film. Avec Rainy dog, il livre un de ses films les plus calmes, un des plus cohérents et simple, mais également un de ses plus beaux films avec Dead or alive 2. Car Rainy dog, malgré son ambiance sombre, cette ville où il pleut sans arrêt, où l’espoir semble être absent, est un très beau film, dont Tarantino s’est inspiré (a piqué plutot !!) pour Kill Bill volume 1.

Dans un premier temps, nous suivons le personnage de Yuji, ancien yakuza, effectuant la nuit des “affaires” pour un chef de gang. Meurtres, vols. Il est solitaire, et il sera très rare de l’entendre parler. Avec tout son argent, il aurait le moyen de vivre bien, mais à la place de ça, il préfére vivre dans un taudis avec le minimum pour vivre. De par de nombreux aspects, Rainy dog s’apparente beaucoup à un film de Kitano. Le rythme sera très lent, et l’avancée du personnage se fera dans cette ville, limite apocalyptique, où la plus devient un personnage à part entière. La réalisation de Miike se veut calme, posée, ses angles choisis avec précision. Son petit train-train quotidien va vite changer cependant. Une de ses ex copine, sans doute le coup d’un soir, va lui rendre visite et lui laisser un enfant, muet. Son fils, et il va devoir sans occuper. Yuji ne va cependant pas changer ses habitudes pour autant. Il va continuer à remplir ses contrats et à éliminer ceux qui le méritent, dans des scènes de violences arrivant sans crier garde. Son fils va le suivre partout, sans broncher. Yuji ne s’occupera pas de lui, et au final, les deux se ressemblent. Ils ne parlent pas, vivent de rien, vivent au jour le jour. Ils ne manifesteront jamais leur faim, leur tristesse, leur fatigue, formant une sorte de duo silencieux et froid, qui deviendra bientôt trio. Par ailleurs, la musique accompagnant l’oeuvre, première collaboration entre Miike et son compositeur depuis, Koji Endo, s’avére particulièrement réussie. Une guitare grinçante. En tout cas, tout va véritablement changer pour Yuji lorsqu’il rencontrera une prostituée. Le titre trouvera d’ailleurs à ce moment là sa signification (possible), et le film se verra ajouter d’un nouveau très beau moment.

Alors que Yuji est dans une chambre avec la prostituée, découvrant dans un magnifique passage le tatouage sur le dos de Yuji, son fils, Cheng, est dehors, sous la pluie, continuant de suivre son père comme un chien. Et justement, en cherchant à s’abriter dans une ruelle, il finira par trouver un petit chien, dont il va s’occuper, dormir avec lui, et manger avec lui. Rainy dog trouve sa signification, même si le titre peut s’appliquer au trio de personnage, tous en perdition, cherchant à fuir. Ensembles, les personnages vont former une famille, qui va rapidement tenter la ville de la pluie éternelle, après qu’un chef de gang ait décidé de tuer Yuji pour le meurtre de son frère. Le film va retomber un peu dans un film de Yakuza plus classique, avec un trio attachant, avant le final, touchant, émouvant. Du vrai cinéma, très loin de ce que fait le cinéma Américain.


NOTE: 18/20
En bref: Un Miike plus calme, mais incroyablement beau et sensible, porté par un Sho Aikawa superbe.

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