Critique: Scanners

Publié le par Rick Jacquet

SCANNERS

Scanners
1981 - Canada
Budget: 4.1 millions $
Sortie française le 8 Avril 1981
Genre: Fantastique
Réalisation: David Cronenberg
Musique: Howard Shore
Scénario: David Cronenberg
Avec Jennifer O'Neill, Stephen Lack, Michael Ironside et Patrick McGoohan

Cameron Vale, un marginal, est repéré et capturé dans un centre commercial par le Docteur Ruth, car il possède un don précieux qu'il doit apprendre à maîtriser : il peut scanner l'esprit des gens, une technique aux conséquences tant psychologiques que physiques. Cameron est alors entraîné par la ConSec, une organisation gouvernementale, pour lutter contre Darryl Revok qui cherche à fédérer les scanners pour imposer leur domination sur les humains dénués de ce pouvoir.

Scanners, pour Cronenberg, c’est un peu le début de la reconnaissance, du succès public, tout en faisant une sorte de film de commande. Trois semaines avant le tournage, il n’y avait aucun scénario, le réalisateur devait juste donner des idées aux producteurs et voir laquelle serait acceptée, et l’idée d’une guerre entre télépathes a été retenue. Ainsi est né Scanners. Autant l’avouer, en visionnant l’œuvre aujourd’hui, on n’a pas idée du bordel monstre dont naquit le film. Premier jour de tournage : 2 morts sur le plateau. Un scénario inachevé dont Cronenberg réécrivait des scènes le jour même pour relier tout. Il le dit lui-même, que Scanners est son plus beau travail en salle de montage, et on veut bien le croire. Mais le film en lui-même dans tout ça ? Les Scanners sont des humains comme nous, à l’exception près qu’ils ont un don télépathique, le pouvoir de lire dans les pensées et de contrôler les gestes des autres, voir même d’utiliser leurs pouvoirs pour détériorer la chair. Pas de doute, on est dans un film de Cronenberg. Le film traite donc d’une sorte de guerre entre les Scanners, une guerre dans laquelle se retrouve malgré lui Cameron Vale, recueillit par le docteur Ruth. Le docteur va essayer de le ramener à sa cause pour éliminer un autre Scanner, Darryl Revok, se servant de ces pouvoirs pour des raisons plus obscures.

Darryl Revok, joué par Michael Ironside, n’est malheureusement pas très présent dans le métrage, alors que son personnage aurait mérité meilleur traitement. Pour le grand méchant, il est trop peu exploité, alors que plus intéressant que notre personnage principal, juste un peu paumé. Ce n’est pas le personnage du docteur qui va rehausser le niveau, puisqu’il se tapera quelques monologues inintéressants et inutiles, ne faisant que ralentir le rythme du métrage, mais on pourra mettre ça sur le dos du tournage un brin chaotique. Mais malgré tout, l’histoire se suit plutôt bien, et l’on retrouve les thèmes chers au metteur en scène, ainsi que quelques séquences chocs ayant beaucoup fait parler du film à sa sortie. Une dizaine de minutes après le début du métrage, nous assistons à la scène désormais célèbre de la tête qui explose. Un effet choc fonctionnant encore aujourd’hui. Mais passé cela, le film s’enlise petit à petit dans une intrigue plus calme que d’accoutumé pour du Cronenberg, moins dérangeante, plus classique également. On se retrouve simplement dans une guerre entre deux gangs, ou chacun cherche à éliminer l’autre et à découvrir des preuves, à la manière d’un basique film d’espionnage. Les interventions des différents pouvoirs des personnages viendront sauver la banalité de l’ensemble, avant que le film ne puisse véritablement décoller dans sa dernière partie, tant au niveau de l’histoire, de la mise en scène, de la mise en valeur des différents personnages ou encore que du rythme.

L’histoire juste là quelque peu classique malgré l’insertion de thèmes chers au réalisateur (la chair, les manifestations physiques), va véritablement décoller et nous livre quelques clés, rapprochant alors Scanners des œuvres précédentes de Cronenberg et en faire un tournant clé dans sa carrière, puisque tout ces thèmes exploseront deux ans après avec Videodrome. Les révélations, vraiment utiles pour le film et sa place dans la carrière de Cronenberg, arrivent au bon moment (après un petit monologue chiant du docteur Ruth justement), et à partir de là, le film sera traversé d’idées plutôt originales et bienvenues, mises en scène avec talent, jusqu’au final sanglant et aux derniers moments, inattendus, achevant de faire de Scanners une bonne surprise, avec son lot de qualités (mise en scène, certaines idées, certaines scènes fortes, la musique de Howard Shore), et toujours son lot de défauts (ce qui sera corrigé dans le film suivant du metteur en scène). Deux suites à l’intérêt et à la qualité discutable verront le jour.

 

NOTE: 13/20
En bref: Parfois long en milieu de récit et trop classique, Scanners est tout de même un bon moment de cinéma, avec son lot de bonnes idées et de scènes chocs.

Publié dans Critiques

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