Critique: Sexe, mensonges et vidéo

Publié le par Rick Jacquet

SEXE, MENSONGES ET VIDEO

Sexe, mensonges et vidéo
Titre original: Sex, lies and videotape
1989 - Etats Unis
Sortie française le 4 Octobre 1989
Budget: 1,2 million $
Genre: Drame
Réalisation: Steven Soderbergh
Musique: Cliff Martinez
Scénario: Steven Soderbergh
Avec James Spader, Andie MacDowell, Peter Gallagher et Laura San Giacomo

Graham Dalton revient, après neuf ans d'absence, dans la ville de son adolescence. Il y est accueilli par son vieil ami John Millaney, qu'il n'a pas vu une seule fois depuis son départ. Celui-ci est marié à Ann, femme au foyer timide et réservée, et il la trompe avec sa propre sœur, Cynthia. Graham apparaît comme un être étrange et se lie d'amitié avec Ann. Celle-ci découvre un jour qu'il possède des dizaines de cassettes vidéo, chacune portant un nom féminin : Graham lui avoue que son hobbie est d'interviewer des femmes afin qu'elles lui racontent leurs expériences intimes...

En 1989, Soderbergh n’est pas encore le réalisateur que l’on connaît aujourd’hui. A l’époque, il signait son tout premier long métrage, un très petit budget (1,2 million) sur un sujet que les américains n’aiment pas trop traiter : le sexe. Motivé, armé d’une équipe technique qualifiée et d’acteurs bien connus depuis (James Spader, Andie MacDowell et  Peter Gallagher), le film fera sensation à sa sortie et repartira même avec la Palme d’Or. Le résultat est sans appel, Sexe mensonges et vidéo est un petit bijou, et reste encore aujourd’hui l’un des meilleurs films de son metteur en scène. Premier essai, premier coup de maître comme on dit. Encore aujourd’hui, grâce à une mise en scène ultra précise, le film n’a pas pris une ride. Comme le dit si bien le titre, le film va nous parler de sexe, mais surtout du sexe, de mensonges, et de vidéo. John Millaney, joué par Peter Gallagher, est un avocat, il vit avec Ann (MacDowell) qui a tout sauf une vie épanouie. Le principal problème du couple semble provenir de leurs rapports sexuels, ou plutôt de leur absence de rapports. Ann ne voit pas ce qu’il y a de si bien dans le sexe, et n’y prend à peine de plaisir, elle est d’ailleurs suivie par un thérapeute, à qui elle dévoile ses phobies, ses craintes, ses soucis. John lui, comme tout homme, aime le sexe, y pense beaucoup, et comme sa femme ne le comble pas, il va voir ailleurs. Et il n’ira pas très loin, couchant avec Cynthia, la sœur d’Ann. Leur petit monde de mensonges semble continuer sans que cela ne dérange personne, aucuns remords, aucune remise en question. Jusqu’à l’arrivée de Graham (James Spader), un ancien camarade de classe de John, qui a quitté la ville 9 ans plus tôt, laissant son passé derrière lui. Il va, au fur et à mesure de ses discutions avec Ann ou même Cynthia, bouleverser la vie amoureuse de ce petit trio, juste en les écoutant.

Car Graham à une grande passion, c’est de filmer les femmes avec sa caméra vidéo, en les interviewant pendant qu’elles parlent de leurs relations sexuelles passées, de leurs craintes, de leurs fantasmes. Elles se confient à lui. Et c’est bien là la première grande force du métrage, c’est de parler du sexe sans jamais le montrer, et sans tomber dans la facilité, loin de là. Le scénario et le cheminement des différents personnages s’avèrent très subtils et réfléchis. Le sexe est au cœur des soucis de tout le monde, Ann n’y prend aucun plaisir et ne veux plus faire l’amour avec son mari, qui, sans chercher la raison, la trompe avec sa sœur qui n’a aucun remord, puis qu’elle y prend du plaisir. Le sexe, le plaisir, l’absence de plaisir ou l’abstinence sont les différents thèmes traités dans le métrage. Graham est la dernière pièce du puzzle, puisque lui est impuissant en raison de certains soucis. Ann ne connaît pas le plaisir, John le trouve ailleurs, et Graham tente de le retrouver en filmant des femmes racontant leurs propres expériences. Et ce sont finalement ces différentes vidéos qui vont libérer les personnages, leur faire comprendre leur situation, les choses qu’ils ratent, ou qu’ils doivent faire. Le spectateur se retrouve à la place de Graham, voyeur, concerné par les témoignages de ces femmes, et c’est sans doute une autre des forces du métrage, mettre le spectateur tout en finesse en position de voyeurisme et développer quatre points de vues totalement différents de la sexualité, et les confronter. Soderbergh retentera d’ailleurs par la suite cette exploration de la caméra vidéo, avec bien entendu les avancées technologiques, dans son récent The Girlfriend Experience (ironiquement, ces passages seront les moins réussis du métrage en question). Bien entendu, pour que l’on y croie, il fallait une interprétation sans faille, le film se voulant avant tout dramatique et intimiste. C’est un sans faute de ce côté là, James Spader, primé à Cannes pour l’occasion, s’en sort à merveille, tout comme Andie MacDowell. Sexe, mensonges et vidéo n’en reste pas moins un film spécial, comme souvent avec Soderbergh lorsqu’il s’attaque à un petit budget intimiste.

C’est là qu’arrive la dernière pièce maitresse du film : son côté technique le rendant si spécial. La mise en scène de Soderbergh s’avère parfaite. Que ce soit au niveau des cadrages, souvent intelligents, prenant leurs temps, des travellings et zooms très lents forçant les personnages à se dévoiler, ou le travail sur la photographie et le montage, le film s’avère d’un très haut niveau technique. Le faible budget n’a certainement pas été une contrainte, ou du moins cela ne se ressent pas un seul instant. Le film baigne dans une ambiance particulière, mélangeant images vidéo et images cinéma, le montage (également de Soderbergh) va directement à l’essentiel, mais il y a définitivement autre chose qui parvient à créer cette ambiance si unique, et finalement, si jouissive. La musique, de Cliff Martinez (qui signa la musique d’autres films de Soderbergh, comme l’excellent Traffic ou le fascinant bien qu’un peu lent Solaris). Il signe une partition totalement hallucinante et fascinante, qui nous happe totalement. Vous l’avez compris, Sexe mensonges et vidéo n’est pas loin d’être un film parfait, et montrait déjà que Soderbergh avait un grand talent, bien qu’il aura fallut ensuite attendre Hors d’atteinte en 1998 pour qu’il refasse parler de lui et que les studios lui fassent totalement confiance en lui confiant de plus gros budgets. Un film psychologique avant tout, sur un sujet sérieux traité avec finesse. Un grand film.


NOTE: 18/20
En bref: Premier film, premier coup de maître. Soderbergh maîtrise sa mise en scène, les acteurs sont parfaits, et le film envoute par le traitement de la sexualité de ces 4 personnages.

Publié dans Critiques

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