Critique: Soeurs de Sang

Publié le par Rick Jacquet

SOEURS DE SANG

Soeurs de sang
Titre original:Sisters
1973 - Etats Unis
Budget : 500 000 $
Sortit en France le 2 Février 1977
Genre : Thriller
Réalisation: Brian De Palma
Musique: Bernard Hermann
Scénario: Brian De Palma et Louise Rose
Avec Margot Kidder, Jennifer Salt, Charles Dunning, William Finley et Lisle Wilson


Philippe et Danielle se rencontrent sur un plateau de télévision. Immédiatement, Danielle commence à la séduire, bien qu’elle soit harcelée par son ex mari. Chez elle, ils couchent ensembles, et le lendemain, Philippe apprend que Danielle a une soeur jumelle. Un peu plus tard dans la matinée, il est assasiné par Danielle... où bien est-ce sa soeur jumelle ? Une voisine, Grace, est témoin du meurtre.

Sisters, réalisé en 1973, est le premier grand film de Brian De Palma, déjà proche de la perfection, et précédant de peu son Phantom of the paradise. Pour la première fois dans le cinéma de De Palma, son intrigue est “calquée” sur la thématique de Hitchcock, que la caméra du maître immortalise de manière tout à fait inédite pour l’époque, avant que l’on ne se familiarise avec son cinéma. Sisters est donc un choc dans la façon de raconter une histoire visuellement. Dés le départ, De Palma trompe le spectateur, en lui montrant une scène d’une émission de télé. Il refera cet exploit quelques années plus tard avec le même talent dans Blow out et Body double. Mais c’est ici l’ocassion pour lui de nous montrer d’entrée de jeu un de ses thèmes de prédilections: le voyeurisme. Il va nous présenter pendant une demi heure un trio de personnage: Danielle, son ex mari, et Philippe, celui ci tenant en quelque sorte le rôle principal... pour le moment. Car De Palma adopte pour son histoire un point de vue provenant d’Hichcock, notamment Psychose, trompant une nouvelle fois le spectateur avec génie. Un peu comme Janet Leigh, l’acteur jouant Philippe aura le devant de la scène pendant un quart du film, avant de mourir dans une scène surprenante, autant visuellement, que dans sa façon d’intervenir dans le métrage.

Mais l’hommage ne s’arrête aucunement là, puisque le meurtre sera vue par une voisine, espionnant en quelque sorte Danielle depuis sa fenêtre. L’hommage se tourne bien evidemment ici vers un autre film de Hitchcock, sans doute son meilleur, Fenêtre sur cour. Mais faire un simple hommage aurait été du plagiat, ce que De Palma ne fait pas. Il se sert d’une narration déjà existante pour amplifier son histoire et la remanier visuellement. Pour Sisters, les deux gros coups de maîtres se retrouvent être le final, et une scène de 20 minutes montrée de deux points de vues différents. Ocassion pour De Palma de nous montrer un de ses plus grands talents pour la première fois: le split screen. Sans doute un des plus utiles et ingénieux de sa carrière par ailleurs, et un de ses plus longs. L’ex mari de Danielle, joué par William Finley, qui jouera le Phantom dans... Phantom of the paradise, découvrira le cadavre de Philippe. Avec l’aide de Danielle, il va nettoyer l’appartement et cacher le corps. Pendant ce temps, Grace, la voisine, témoin du meurtre, par sa fenêtre, va appeler la police, et ensembles, ils vont se diriger vers l’appartement. L’utilisation du split screen est ici amplement justifiée, les deux allant se rejoindre. Le suspense de la scène est ainsi augmentée et atteint son paradoxisme. De plus, De Palma en profite, pour cette scène, pour nous fournir de longs plans séquences, accentuant encore le suspense, aidé par la musique grandiose de Bernard Hermann, compositeur de Psychose et de plusieurs films de Martin Scorsese. Pour revenir sur l’hommage à Hitchcock, l’autre nuance avec le cinéma de De Palma est l’ajout d’un témoin.

Sisters s’inspire, pour son histoire, d’un fait divers. Car en réalité, Danielle n’a pas une soeur jumelle, mais une soeur siamoise, Dominique. Elles ont été séparées quelques temps plus tôt, et le film va beaucoup jouer dessus, jusqu’à la révélation finale, lorgnant beaucoup du côté du film fantastique, et donc, imprévisible, et très brutale. De Palma ne lésigne pas sur les effets sanglants. Mais pour ne pas rendre l’oeuvre un essai visuel se basant uniquement sur son talent et sa violence, il parvient par moment à désamorcer tout cela avec une touche d’humour bienvenue, subtile, provenant du personnage de William Finley. Mais au niveau de l’interprétation, la palme revient aux deux actrices principales, pour lesquelles le film a été écrit: Margot Kidder, future actrice des Superman, et Jennifer Salt. Kidder, jouant avec un faux accent français, rayonne dans son rôle, tant dans les moments de folies, où elle devient surprenante, que dans les moment plus intimes où son jeu fait preuve de sensibilité. Malgré tout, Sisters contient quelques défauts et stéréotypes, notamment avec le personnage de détective privé, qui sera engagé par Grace pour espionner Danielle. Des petits défauts mineurs empêchant le film de s’élever au rang de chef d’oeuvre, mais juste d’être un brillant essai de style.

 

NOTE: 17/20
En bref: Le premier grand thriller de De Palma, une réalisation classe, une histoire intéressante et des hommages à Hitchcock. Quelques défauts mineurs qui ne gâchent rien.

Publié dans Critiques

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