Critique: Sukiyaki Western Django

Publié le par Rick Jacquet

SUKIYAKI WESTERN DJANGO

Sukiyaki western Django
2007 - Japon
Genre: Western
Réalisation: Takashi Miike
Musique: Koji Endo
Scénario: Takashi Miike et Masa Nakamura
Avec Hideaki Ito, Masanobu Ando, Koichi Sato, Kaori Momoi Yusuke Iseya et Renji Ishibashi


Les clans Genji et Heike se livrent une guerre sans merci pour le contrôle d’un petit village. L’arrivée d’un pistolero solitaire va changer la donne, chacun des deux clans sont tenter de s’attirer les faveurs du pistolero en apparence invincible pour définitivement prendre le pouvoir l’un sur l’autre.

Miike ne s’arrête jamais, et change toujours de style. Il s’attaque cette fois ci aux westerns spaghettis italiens des années 60 et 70, et pour continuer ses hommages, s’octroie même la participation du roi des hommages (ou des vols d’idées, de dialogues et de scènes, c’est selon) Quentin Tarantino, le temps de quelques scènes purement jouissives. L’histoire, nous n’avons pas besoin de la préciser, celle ci reprend les grandes lignes du film Django de Corbucci en 1966. Un solitaire arrive dans une ville où deux clans se font la guerre pour contrôler la ville, et surtout, trouver l’or. Ces deux clans sont les rouges et les blancs. Sauf qu’ici, l’histoire se déroule au Japon, tous les cow-boys sont japonais, mais ils parlent tous anglais, et on ne distingue leur clan que par la couleur de leurs vêtements. 2007 aura été vraiment une année vaste peuplée de grands films pour Miike, entre l’adaptation de jeu vidéo (Like a dragon), la préquelle d’un manga (Crows zero) et maintenant la tentative de se réapproprier un genre, le western de la bonne époque. Le pari sera réussit, même si on pouvait attendre plus d’une telle œuvre, mais ne boudons pas notre plaisir, puisque le métrage s’avère divertissant, parfois un peu barré, et surtout se révèle être un des meilleurs hommages envers le genre, dont l’ouverture et le final resteront longtemps dans les mémoires, tout comme la maîtrise de la mise en scène sur l’ensemble du film. Tout comme par Tarantino, cow-boy solitaire dans un décors ou le fond est uniquement une toile. C’est avec jubilation qu’on le regarde, acteur, en sueur, tenue de cow-boy, six coups, parler anglais avec un accent japonais avant de descendre plusieurs personnes et de se préparer calmement un sukiyaki, tout en nous racontant l’histoire de ce village où il y a une guerre sans merci entre les rouges et les blancs.

Comme dans les bons vieux westerns, il n’y a ni gentil ni méchant dans cette histoire, chacun à ses motivations et fera tout pour servir ses intérêts, point barre. De l’or est censé être caché dans le village, et les rouges débarquent. Tuant, pillant et violant, ils mettent le village à feu et à sang, avant l’arrivée des blancs, qui ne fera qu’empirer la situation, déclarant une guerre. Tout cela était il y a quelques temps, et Miike nous le raconte en flash-back aux couleurs poussées à leur paradoxisme. La guerre ne bouge pas, jusqu’à l’arrivée de ce pistolero solitaire et doué. Son arrivée dans le village va donc changer la donne, puisque chacun des deux clans vont tenter de l’attirer de leur côté. Chez les rouges, les premiers à être arrivés dans le village, le chef se lance dans l’aventure Shakespearienne, jusqu’à demander à ses hommes de l’appeler Henry, persuadé qu’il trouvera l’or et régnera sur le village vu que Shakespeare dit que les rouges gagnent. Chez les blancs par contre, l’ambiance est tout autre, entre séances de danse avec une des seules femmes du village (dont le passé tragique sera raconté) et des cours pour apprendre à arrêter une lame de katana avec les mains, cours qui se termineront mal, bien entendu. Le pistolero va devoir choisir son camp, et dans un premier temps, guidée par une femme du village, il se retrouvera chez les blancs. L’hommage est réussit jusque là, on s’y croirait vraiment, malgré deux trois petites longueurs et la difficulté parfois de comprendre parfaitement l’accent anglais des japonais (on pourra d’ailleurs se demander simplement d’où provient cette idée). Les personnages sont tous cruels, le sang coule à flot dés que le son d’un revolver résonne dans l’air, et même musicalement, on se retrouve en terrain connu puisque certains titres de la bande sonore renvoient directement aux films de cette période. Mais malgré une reconstitution réussie, un univers connu et l’éclaircissement des personnages et du passé du village, il faudra bien attendre la première heure pour que les choses bougent véritablement, que la guerre fasse rage avec l’arme secrète des blancs, et pour que le pistolero se décide enfin à prendre part à cette guerre.

Et finalement, le pistolero va se retrouver seul contre tous ou presque, avec devant lui, des blancs très énervés, des rouges ayant volés l’arme des blancs (une gatling des plus efficace) mais également un shérif étant des deux côtés et semblant souffrir de personnalités multiples. Un brin compliqué, mais Miike va alors pouvoir se lâcher dans des séquences d’actions étonnantes et remplissant parfaitement leurs rôles : divertir dans un tourbillon de violence, dans une ambiance de western de la bonne époque, avec ces personnages hauts en couleur. Le tout va vite, très vite, les hommages fusent (on trouvera même un hommage à Pour une poignée de dollars), les idées folles fusent avec des ricochets de balles étranges et des cow-boys travestis et Miike va encore une fois mélanger quelque peu les genres, en terminant son film sous la neige lors d’un duel entre un revolver et un katana. Il osera même le temps d’une séquence vieillir Tarantino d’une quarantaine d’années et le mettre en fauteuil roulant. A ce titre, Sukiyaki Western Django réussit une nouvelle fois son hommage, en faisant monter une tension (plus ou moins palpable) sur toute la durée du métrage avant le déluge final. Si la tension n’est pas toujours là, le déluge oui, le cahier de charge est remplit, et au bout du compte, Miike parvient à éviter de ne faire qu’un patchwork jouissif de diverses œuvres et signe bel et une bien une œuvre intéressante, bien que typée. Chapeau.


NOTE: 16/20
En bref: L’hommage est réussi, l’œuvre parfois étrange (tous les acteurs parlent anglais), et pourvues de quelques longueurs, mais malgré tout, c’est fun, c’est beau, c’est prenant et osé.

Publié dans Critiques

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article