Critique: Sweeney Todd

Publié le par Rick Jacquet

SWEENEY TODD

Sweeney Todd: le diabolique barbier de Fleet Street
Titre original: Sweeney Todd: the diabolic barber of Fleet Street
2007 - Etats Unis
Sortie française le 23 Janvier 2008
Budget: 50 millions $
Genre: Thriller musical
Réalisation: Tim Burton
Musique: Stephen Sondheim
Scénario: John Logan d'après l'oeuvre de Stephen Sondheim et Hugh Wheeler
Avec Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Alan Rickman, Timothy Spall et Sacha Baron Cohen

Voir la Bande annonce


L'histoire se déroule dans le Londres du 19e siècle. Sweeney Todd est un barbier de retour dans la capitale anglaise. Évadé de prison, il a perdu la trace de sa femme et sa fille qui ont été enlevées par le juge Turpin, celui là même qui l'a fait emprisonner. Il retrouve madame Lovett, une cuisinière qui fabrique des tartes à la boulette de viande. Secrètement amoureuse de lui, elle a entretenu l'échoppe du barbier. Ensemble ils ouvrent un commerce macabre : Il tranche la gorge de ses clients, elle accommode les corps dans ses tartes à viande. Sweeney Todd retrouve la trace de sa fille. Il organise sa vengeance sur le juge Turpin et le tue avant de mourir lui-même au moment de retrouver sa femme devenue folle. Sa fille survit au carnage. Pour l'épilogue, la foule arrive sur les lieux du crime pour chanter que le monde est rempli de Sweeney Todd en quête de vengeance.

Après le très mauvais La planète des singes et le délirant et fort sympathique Charlie et la chocolaterie, on ne savait pas vraiment quoi attendre de Tim Burton. Sweeney Todd débarque alors, et partage le public. On adore ou on déteste. Car si le père Burton retourne sans conteste à ses univers sombres et gothiques que l’on reconnaît dés le générique d’ouverture (très laid ceci dit en passant), il se lance dans la comédie musicale, et laisse de côté certains de ces délires qu’il met en scène depuis ses débuts avec Beetlejuice pour nous offrir son film le plus désespéré, son plus sombre, son plus sanglant, mais également le plus chanté. Si Charlie et la chocolaterie nous proposait quelques passages chantés bien gentillets, c’est ici environ 90% du film qui en est constitué. Ceux qui sont donc allergiques à ce genre de films sont déjà voués à rejeter le voyage que Burton nous propose. Passé le générique, hideux (celui de Charlie et la chocolaterie n’était pas top non plus ceci dit), nous embarquons enfin pour ce voyage. Le style Burton saute directement aux yeux, quels que soient les lieux, l’ambiance visuelle est très soignée et particulièrement réussie, notamment l’appartement de Sweeney. Première surprise, à peine le premier personnage apparaît, les chansons commencent. Si au départ cela peut déconcerter, d’autant plus que ce n’est pas Danny Elfman, compositeur des musiques de chaque Burton depuis Beetlejuice, qui s’en occupe, il faudra attendre l’arrivée de Sweeney dans son ancien appartement pour être imprégné par la magie.

Mais Burton ne parvient pas à éviter par moment certaines longueurs, ou plutôt répétitivité dans les chansons. Si certaines sont vraiment sublimes, comme celle ou Sweeney, joué par Johnny Depp, excellent, chante à ses seuls amis, ses rasoirs (« My friends »), lorsqu’il chante avec le juge Turpin (Alan Rickman, beaucoup plus convainquant que dans Harry Potter…) lors d’une séance de rasage (« Pretty women »), d’autres sont beaucoup plus niaises et énervantes, comme celle que chante Anthony en permanence, amoureux de la fille de Sweeney. En plus d’être répétitives, certaines chansons tentent de mettre un peu d’espoir dans un film qui ne parle justement pas de ça. Car si Sweeney Todd est un film chanté, le personnage, lui, ici pour accomplir une vengeance personnelle, sombre petit à petit dans une folie furieuse qui n’épargnera personne, et ou il aura beaucoup à perdre, sans le savoir. Sweeney deviendra finalement bien pire que ceux dont il cherche à se venger, et c’est là que la violence va non seulement exploser, mais que le propos va devenir immoral au possible. En attendant de pouvoir se venger, le brave et complètement fêlé Sweeney va s’entraîner à trancher quelques gorges sur des pauvres, des riches, des gens dont il ignore l’existence, et madame Lovelett, qui l’héberge et tient une boutique de tourtes, va le suivre dans sa folie par amour et recycler les corps pour se procurer de la viande. Burton va totalement se lâcher au niveau de la violence, et le sang va couler à flot. La violence sera alors en contradiction avec les douces mélodies chantées durant les actes les plus barbares possibles. Si cela permet d’adoucir quelque peu la violence des images, Sweeney Todd n’en reste pas moins un conte noir totalement désespéré, ou aucun personnage ne viendra rattraper les autres par ses actions ou ses paroles. Malgré quelques faiblesses et quelques longueurs, Burton réussit son pari, en signant cette œuvre poignante.


NOTE: 15/20
En bref: Chanté à 90%, très sanglant, très sombre, pervers et désespéré, Burton nous entraîne dans la folie humaine, dans toute sa splendeur.

Publié dans Critiques

Commenter cet article