Critique: Terror Firmer

Publié le par Rick Jacquet

TERROR FIRMER

Terror firmer
1999 - Etats Unis 
Genre: Troma 
Réalisation: Lloyd Kaufman
Musique: Sean McGrath
Scénario: Lloyd Kaufman, Patrick Cassidy et Douglas Buck
Avec Will Keenan, Alyce LaTourelle, Lloyd Kaufman, Trent Haaga, Sheri Wenden et Debbie Rochon


Larry Benjamin est un réalisateur de films indépendants pour la société Troma. Le seul hic, c’est qu’il est aveugle, et qu’il change sans arrêt le scénario de son film. Son nouveau film : un épisode des aventures de Toxic Avenger. Mais un vrai tueur en série s’infiltre sur le plateau et commence à massacrer l’équipe.

Pour qui aime l’esprit Troma, les débilités, le gore provocateur, le sexe, Terror firmer est un grand cru de la société, si ce n’est l’un de leur meilleur travail. Quelques années plus tôt, Lloyd Kaufman, président de Troma, nous gâtait avec la sortie du délirant et attachant Tromeo et Juliet. Il retourne alors à la réalisation en 1999 avec ce film, avec toujours une envie d’aller plus loin, de faire plaisir à ses fans, et de faire de l’art indépendant. On trouve même dans Terror firmer les prémices de Toxic Avenger 4, qui verra le jour l’année suivante. Cependant, même si le métrage qui nous concerne ici ira moins loin que le film qui suivra, il n’en demeure pas une incontestable réussite, au vue des moyens, et de l’univers créé par la société, et surtout, supérieur à Toxic Avenger 4 par une véritable recherche et un fond intéressant. Car Terror firmer est une véritable introspection de la société Troma, de Toxic Avenger, en bref, de l’univers de la firme entier, sans oublier bien entendu tous les ingrédients qui ont fait son succès au fur et à mesure des années, en les multipliant par dix. Soyons donc clair, la personne n’aimant pas l’univers de la firme depuis ses débuts (ou disons sa reconnaissance en 1985 avec le premier Toxic Avenger) devra passer rapidement son chemin sous peine d’avoir l’impression de regarder une œuvre grossière et gratuite. Car le début donne immédiatement le ton, en deux minutes. Un homme dans la rue, une femme, la tueuse du film. Elle lui arrache la jambe à mains nues. C’est ensuite au tour d’une femme enceinte, de se faire retirer son fœtus, à mains nues également. Tout le monde va en prendre pour son grade.

Nous sommes ainsi invités à nous rendre sur le tournage d’un nouveau Toxic Avenger, réalisé par un aveugle excentrique, entouré d’une équipe divisée en deux parties. Les passionnés, et de l’autre, les « branleurs », ceux qui s’en foutent, aiment Titanic et Spielberg, bref, qui n’aiment pas le cinéma indépendant, et qui se demandent constamment ce qu’ils font là. Voilà l’environnement dans lequel se déroule le métrage, avec une grosse dose de gore outrancier au possible, d’humour débile, de gags scatologiques, et dans le fond, de bonne humeur. Car que l’on adore ou déteste (il y a rarement des entre deux), la seule chose que l’on pourra vraiment reprocher au film, c’est son manque de moyen, parce que ce défaut se voit vite rattrapé par ses ambitions. Certes, le film va très loin, fais parfois office de fourre tout, mais ça fonctionne, et on en redemande, frôlant de peu la saturation. Comme je l’ai dit plus haut, tout le monde va en prendre pour son grade : les producteurs, réalisateurs, les gros budgets, certaines institutions, Spielberg, Penny Marshall, les flics, la religion. Rien n’y personne n’est épargné dans ce délire de presque deux heures, où le gore se marrie à toutes les situations. Parmi les réjouissances, l’homme se faisant « manger » par un escalator marquera les esprits, tout comme le long final, délirant et politiquement incorrect, où Kaufman ira loin dans son introspection, et se moquera en même temps des nombreuses personnes ne trouvant par ses films à leur goût, avec cette phrase : « These movies people, are discusting » (Ces films sont dégoûtants !)

Un peu de dérision ne fait de mal à personne, et dans ce délire permanent, on retrouvera même Edouard Baer dans une scène en voiture où il se fera littéralement vomir dessus avant d’avoir un accident fatal, dans des plans bien connus des fans de Troma maintenant, provenant de Sgt. Kabukiman NYPD (et déjà réutilisé dans Troméo et Juliet). La bande son accompagne parfaitement le métrage, avec du bon vieux rock, et on retrouvera quelques caméos hilarants, entre Lemmy, du groupe Motorhead qui nous fera un exposé sur les hermaphrodites et Charlotte Kaufman, la vraie fille de Lloyd, en attardée ne pouvant pas parler, jusqu’à sa phrase culte insultant le film Titanic. On sentait déjà que Toxic Avenger 4 se préparait, mais malheureusement, ce futur métrage ira beaucoup plus loin, et perdra quelque peu de sa force, notamment à cause d’un long prologue assez lourd, où la sauce ne prend pas. Il faut donc profiter de Terror firmer comme il se doit, un film totalement indépendant, tourné avec une bouchée de pain, et dont la bonne humeur fait plaisir à voir, grâce à ces nombreux excès.

 

NOTE: 17/20
En bref: Sans doute le meilleur film Troma pour le moment, si l’on supporte ses nombreux excès. Gore qui tâche, sexe, humour débile partant dans tous les sens dans une intrigue donnant la part belle à une introspection de son propre univers.

Publié dans Critiques

Commenter cet article