Critique: Twin Peaks - Fire Walk With Me

Publié le par Rick Jacquet

TWIN PEAKS: FIRE WALK WITH ME

Twin Peaks: Fire walk with me
1992 - Etats Unis
Budget: 10 million $
Genre: Drame / Expérimental
Réalisation: David Lynch
Musique: Angelo Badalamenti
Scénario: David Lynch et Robert Engels
Avec Sheryl Lee, Ray Wise, Kyle MacLachlan, Chris Isaak, Kiefer Sutherland, Harry Dean Stanton et David Lynch


Teressa Banks est retrouvée morte sur un lac. L'agent du FBI Chet Desmond méne l'enquête avec le professionnel Sam Stanley. Tous les indices qu'ils découvrent mènent à des impasses. Chet va alors disparaître sans laisser de trace. L'enquête revient à l'agent spécial Dale Cooper, qui a le pressentiment que le tueur va de nouveau frapper. Un an plus tard, nous suivons le parcours de la jeune Laura Palmer dans la ville de Twin Peaks.

Le film débute comme un film policier assez classique, bien interprété, nous donnant très vite toute une série d'indices pour la suite de l'enquête... enquête que l'on ne suivra pas, et indices qui ne mèneront à rien du tout. On est bien dans un film de David Lynch. Les évènements étranges arrivent très rapidement dans le film, avec la disparition inexpliquée de plusieurs personnages, ainsi que d'autres éléments tout aussi troublants. Une réussite en la matière, et un montage efficace et tout à fait surprenant, notamment dans la scène où David Bowie, incarnant un ancien disparu, réapparaît. La scène nous montre en même temps ce qu'il a vécu, sans temps morts, avant de refaire disparaître le personnage, sans explications. Prologue qui peut troubler, d'autant plus qu'il n'a qu'un très faible rapport avec la série, l'agent Dale Cooper, magnifiquement interprété par Kyle MacLachlan, n'étant que très peu présent.

Le début à le mérite d'essayer de nous présenter en un temps record nombre de personnages, intrigues, mots imaginaires (garmonbozia = douleur et chagrin) et lieux clés (la Red Room), on passe enfin à ce qui nous intéresse le plus dans le film. C'est à dire les sept derniers jours de Laura Palmer. Et quelles journées bien remplies ! Il s'y passe énormément de chose, tout en nous permettant de suivre ce qui peut être suivis. On découvre très vite les différents personnages: James et Bobby, les deux petits amis de Laura, Donna sa meilleure amie, ses parents, dont le père, Leland, est un personnage dérangé, aux réactions parfois surprenantes pour rien du tout (la scène du dîner). On comprend vite que le film prend le parti prit de nous montrer seulement les moments de tristesse de Laura Palmer, par ailleurs très bien interprétée par Sheryl Lee, qui réussis à jouer une Laura heureuse en surface et malheureuse intérieurement. Même si l'on ne comprend pas tout, on reste comme hypnotisés devant ce monde, ressemblant à la fois tellement au monde réel, et lui étant tellement éloigné également. Un univers étrange et baroque comme seul David Lynch sait les inventer.

Et il a encore une fois réussit. On peut même dire que Twin Peaks: fire walk with me est une de ses plus grandes réussites, scénaristique, visuellement, mais aussi émotionnellement, au vu des émotions qu'il parvient à créer chez le spectateur. Dégoût, malaise, mépris. Une chose est sure, le film ne laisse aucunement indifférent. Il suffit de voir la scène parfaitement maîtrisée de bar Bang Gang. Entrée de Laura dans le bar, suite à un dialogue énigmatique avec la femme du bûcheron, sur la magnifique musique de Julee Cruise. On se laisse bercer par cette musique, devant une Laura pleurant, avant de rentrer dans une autre pièce, où va alors se dérouler devant nos yeux une sorte de cauchemar, la face cachée de l'endroit, comme David Lynch aime tant l'exploiter. Il nous montre encore une fois la face cachée d'une ville, ce qui se cache sous la surface, sous l'apparence de cette petite ville tranquille, qui cache finalement bien des secrets.

Et la scène tant attendue de fin, c'est à dire la mort de Laura Palmer, on peut dire qu'elle ne déçoit pas, nous révélant non pas seulement le meurtrier, dont on connaissait déjà l'identité, mais plutôt un excès de folie, d'incompréhension. Un déchaînement rapide de folie meurtrière, qui s'il ne dure que quelques instants, parvient à créer des sensations chez le spectateur, de part la maîtrise technique de la scène. Pour conclure sur ce chef d'œuvre, je ne peux que parler de ce plan final, qui comme le film dans son ensemble se révèle être une énigme, une image magnifique, sans explication, où l'on se laisse porter par la musique en se disant que finalement, le film ne se termine pas si mal que ça.

 

NOTE: 20/20
En bref: Twin Peaks est sans aucun doute l’œuvre la plus maitrisé, la plus travaillée, la plus profonde sur laquelle ait travaillé David Lynch. Un puzzle sans fin dont l’univers pourrait encore être exploité.

Publié dans Critiques

Commenter cet article