Critique: Voix Profondes

Publié le par Rick Jacquet

VOIX PROFONDES

Voix profondes
Titre original: Voci dal profondo
1991 - Italie
Sortie française le 11 Mai 1991
Genre: Horreur
Réalisation: Lucio Fulci
Musique: Stelvio Cipriani
Scénario: Lucio Fulci, Piero Regnoli et Daniele Stroppa
Avec Duilio Del Prete, Karina Huff, Pascal Persiano, Lorenzo Flaherty et Bettina Giovannini


Lorsque le riche homme d'affaires Giorgio Mainardi meurt d'une hémorragie, tout le monde croit à un accident. Mais le fantôme du disparu rôde et veut connaître la vérité. Il découvre alors que son entourage se réjouit de sa disparition ! Avec sa fille Rosy, il va tenter de découvrir ce qui s'est réellement passé...

Voix profondes est le tout dernier métrage de Fulci, avant que la mort ne l’emporte, quelques années plus tard. Peu de temps avant, Fulci avait réalisé le métrage Nightmare concert, intéressant sur certains points, mais plutôt flémard, le film se contentant pour ces scènes sanglantes de reprendre des scènes provenant des précédents films du metteur en scène, ou même de certains films qu’il avait produit.  Malgré tout, le film était tout juste divertissant, malgré sa bien mauvaise réputation. Voix profondes est suivi d’une réputation tout aussi peu flatteuse, mais en temps que film testament, on ne peut s’empêcher d’être curieux. Et finalement, on aura eu quelque peu raison (mais vraiment un peu), même si l’ensemble ne vole pas très haut, puisque le film en question réserve quelques bonnes surprises (distillées dans du vide). Ce n’était pas gagné dés le départ, après une petite introduction ou nous sont présentés le personnage de Giorgio et de sa femme, ainsi que l’un de leur enfant, le plus petit, lors d’une scène de rêve misant beaucoup sur le sexe et le gore. Ça ne fonctionne pas, l’effet sanglant est raté, et l’on a très peur pour la suite. La suite heureusement ira directement à l’essentiel, en enchaînant directement sur la mort de Giorgio sur son lit d’hôpital. Quelques scènes qui plairont à l’amateur d’hémoglobine arriveront, et seront d’ailleurs plutôt réussies (dont une scène d’autopsie pratiquée par Fulci lui-même), et on pourra penser pendant quelques instants que l’on retrouve un Fulci sur de lui, même si dans la forme, quelque chose cloche. En effet, la réalisation, si elle s’avère correcte, avec quelques beaux mouvements de caméra, des scènes oniriques, l’ensemble fait plutôt téléfilm.

Mais dans un premier temps, l’histoire se laisse suivre avec un certain plaisir, malgré quelques petites facilités du scénario. Mais bon, nous sommes dans un Fulci, son cinéma n'a jamais vraiment brillé par des scénarios extraordinaires. Très rapidement viendra la séquence de l’enterrement, et on en apprendra plus sur chaque personne de la famille par l’intermédiaire de flash-back maîtrisés au niveau de la mise en scène et de leur insertion dans le récit. Fulci se permettra de nous montrer certaines scènes en vue à la première personne, et rapidement, on aura cerné la personnalité de la famille du défunt, et la liste des coupables est longue. Giorgio viendra alors rendre visite à sa fille, Rosy, la nuit, dans ses rêves, nous donnant quelques scènes oniriques de plus, mais la liaison entre les deux personnages paraîtra tout d’abord niaise. Il faudra attendre quelques informations pour mesurer finalement les bons points de cette histoire, puisqu’en effet, Rosy pourra voir son père tant que l’image qu’elle a de lui ressemblera à son corps… qui est dans sa tombe, en train de se décomposer. La relation entre le père et sa fille devient alors intéressante, et Fulci en profite pour faire quelques plans à l’intérieur du cercueil, ce qui n’est pas sans rappeler son meilleur film (à mon goût), Frayeurs. Le parallèle entre cet homme mort, dans sa tombe, peu être rapproché de l’état de santé de Fulci au moment du tournage. Malgré tout, le fait de reprendre des élèments connus de son cinéma nous montre un Fulci bien faignant!

Bien que bourré de défauts, on veut y croire, et s’intéresser à cette histoire, mais ce sera parfois difficile, et un autre souci vient se greffer aux autres. Les longueurs. Car si Fulci tient là une histoire classique mais pouvant apporter de bons moments, et que certaines scènes sont joliment réalisées malgré l’aspect téléfilm en général, le film se traîne, et avant d’apprendre enfin des choses intéressantes et de voir les choses bouger, il faudra attendre une heure de film. Le rythme est donc plutôt mou, et c’est après un long moment que Rosy se décide enfin à mener son enquête, après avoir répété pendant une demi-heure qu’elle allait le faire. Cependant, devant cette histoire classique, ce sont bien les scènes concernant son père, revenant voir sa famille dans leurs rêves pour tenter de les faire craquer ou d’obtenir des renseignements, qui attireront notre attention. On retrouvera le Fulci d’antan, avec quelques scènes sanglantes fort réussies, et un ensemble onirique surprenant, parfois réussis, et parfois à côté de la plaque ((l’omelette ou le jaune d’œuf est remplacé par des yeux humains). Rosy, quant à elle, se contentera d’aller questionner gentiment les personnes ayant côtoyées son père le soir de sa mort (la maîtresse, sa femme) et de se mettre nue devant la caméra, comme une bonne partie du casting féminin. On ne sait donc pas quoi vraiment penser du métrage dans son ensemble, tant le bon oscille avec le très mauvais. Fulci était bel et bien en déclin depuis presque dix ans, mais Voix profondes possède encore quelques morceaux de choix n’en faisant pas le bas de sa filmographie, mais il faut dire qu'avec des films comme Murder Rock, Aenigma et ses films d'héroic fantasy, le bas est loin. Mais le haut du panier l'est tout aussi.


NOTE: 07/20
En bref: Inégal, le film ressemble à un téléfilm, le rythme est très laborieux durant la première heure. Pire, Fulci pioche encore dans sa filmographie pour certaines scènes. On ne retiendra que quelques scènes chocs et des scènes de rêves poignantes parfois.

Publié dans Critiques

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