Critique: Moteki

Publié le par Rick Jacquet

MOTEKI

Moteki
Titre original: モテキ
2010 - Japon
Genre: Série TV
Réalisation: Hitoshi One
Musique: Taisei Iwasaki
Scénario: Hitoshi One d'après Mitsuro Kubo
Avec Mirai Moriyama, Maho Nonami, Hikari Mitsushima, Rio Matsumoto, Hirofumi Arai et Rinko Kikuchi


Fujimoto va avoir 30 ans, il n’a pas beaucoup d’amis, n’a jamais eu de copines et est toujours puceau. Il n’a jamais attiré les femmes… jusqu’au jour où arrive son Moteki (abréviation de Moteru Jiki, correspondant au moment où l’on est populaire envers les personnes du sexe opposé). Toutes ces connaissances féminines reprennent contact avec lui : Aki Doi, une ancienne collègue avec qui il avait sympathisé lors d’un festival un an plus tôt, Itsuka Nakashiba, une jeune de 22 ans avec qui il partage les mêmes hobbies et Natsuki Komiyama qu’il a toujours aimé.

Au Japon, comme partout dans le monde, les séries, il y en a des centaines. La grande différence, c’est qu’en allumant la télévision en soirée en France, on a 7 chances sur 10 de tomber sur une série Américaine. En l’allumant en milieu d’après midi, 7 chances sur 10 de tomber sur une série Française. Les séries Japonaises ne s’exportent pas en France. Il faut dire que comme pour les séries du reste du monde, 9 fois sur 10, on tombe sur une histoire banale de romance et j’en passe. Heureusement, certaines sortent du lot. On pourra citer par exemple Cutie Honey the Live et ses 26 épisodes mélangeant action, humour débile et un côté sexy très prononcé, ou encore les deux séries Ancient Dogoo Girl (et Girls pour la seconde) créées par Noboru Iguchi (The Machine Girl, RoboGeisha). Moteki, c’est encore un cas à part, puisqu’il n’y a pas d’action, ni de monstres en caoutchouc, ni un côté sexy trop prononcé. Pervers oui, mais pas sexy. Adapté d’un manga, Moteki prend pour point de départ un jeune homme de 29 ans, banal, sans histoire, puceau, qui du jour au lendemain se retrouve populaire envers les filles de son entourage. On peut donc craindre le pire, imaginer des histoires d’amour à l’eau de rose et pleines de bons sentiments. Si sentiments il y aura, heureusement, Moteki prendra une autre direction. Pas sérieuse un seul instant, la série empruntera plutôt le chemin de l’humour totalement stupide et revendiqué,  mélangé avec un brin de perversité, avant de glisser petit à petit vers un fond plus dramatique moins convainquant mais assez pertinent. Pour jouer Fujimoto, le personnage principal, on trouve Mirai Moriyama, acteur habitué aux séries télévisée, et donc totalement inconnu en dehors du Japon, à l’exception de quelques apparitions dans quelques films connus (mais pas toujours digestes : 20th Century Boy, One Million Yen Girl). Dans le rôle de Fujimoto, il est tout à fait crédible, son débit de parole parfois impressionnant (notamment lors des voix off, très présente).

Dans les quatre premiers épisodes, on fait la connaissance de son personnage, on découvre son passé petit à petit (grâce à une machine à remonter le temps en carton qu’il utilise pour donner des leçons à lui même lorsqu’il était adolescent, ou alors qu’il était gros), et on fait la connaissance de ces trois possibles conquêtes. En premier lieu, Aki, qu’il a connu un an plus tôt sur son lieu de travail, jouée par Maho Nonami, actrice connue que l’on a pu voir dans l’adaptation du manga Kakashi de Junji Ito, Platonic Sex ou bien dans 2LDK. Attirée par Fujimoto, les choses ne seront forcément pas simple, leur rendez vous allant de catastrophes en catastrophes, avec des accidents à la pelle (le pauvre Fujimoto). Ensuite, il y a une amie, Itsuka, jouée par la talentueuse Hikari Mitsushima, découverte mondialement avec Love Exposure, enchaînant depuis les bons films et les succès), avec laquelle Fujimoto partage les mêmes passions, et un point commun : leur virginité. Et pour finir, il y aura Natsuki, femme rencontrée par accident et pour qui Fujimoto est immédiatement tombé amoureux, et qui ne supporte pas l’alcool, jouée par Rio Matsumoto, qui a eu l’honneur de jouer Tomie dans le sympathique Tomie Beginning et qui jouait également dans God’s Puzzle de Takashi Miike. Un casting fort et varié, ce qu’il fallait pour donner de l’épaisseur aux personnages au départ tout ce qu’il y a de plus banals. Les évènements vont se dérouler très rapidement, nous amener d’une situation improbable à une autre totalement stupide, et la façon dont Fujimoto règle ses soucis arrive toujours à nous faire rire. Du genre contrôler une érection en imaginant une scène provenant d’un Kitano (les baguettes dans le nez), imaginant des musiques pour lui donner du courage et coller aux situations. On pourra même voir ses options face à un dilemme s’afficher à l’écran façon Qui veut gagner des millions ? Si le fond est sérieux, la forme ne l’est pas du tout, faisant que les épisodes passent toujours à la vitesse de l’éclair. Ce qui sera parfois déprimant vu la courte durée de la série (12 épisodes de 25 minutes). Et encore plus quand l’on voit que de nouveaux personnages ou de nouvelles intrigues s’ajoutent au récit au fur et à mesure.

Lors de l’épisode 5, Fujimoto retournera dans son village natal pour retrouver sa famille, et retrouvera une camarade du lycée, fan de la chanson Linda Linda (du groupe The Blue Hearts) qui donnera un sérieux coup de fouet à tout ce qui lui arrive. Une fois tous les personnages présentés (bien que d’autres referont leurs apparitions par la suite, avec par exemple un mangaka un brin pervers et paranoïaque), Moteki va prendre le soin de décortiquer la relation que Fujimoto entretient avec chacune de ces personnes, et également celle qu’il entretient avec Shimada, son meilleur ami, qu’il connaît depuis le collège, et qui a pour habitude de tromper sa femme avec pas mal d’autres femmes. La série va nous montrer qu’il ne faut pas toujours se fier aux apparences, et que quand le choix s’offre à nous, il n’est jamais facile de choisir le bon, et de ne pas regretter son choix, mais également qu’il est difficile de comprendre le choix des autres. Alors que la première moitié de la série mise beaucoup sur l’humour, un humour déjanté, parfois absurde, parfois pervers, généralement assez savoureux, et des scènes fortes ou intelligentes (le karaoké de l’épisode 6, la petite morale à la fin de l’épisode 5) et d’autres plus banales mais toujours amusantes (la scène du repas dans l’épisode 8 entre le mangaka, Aki, Isuka et Fujioto), la série prend un grand tournant arrivé à l’épisode 9 et ce jusqu’à ces derniers instants.

Si jusque là, l’ensemble fonctionnait parfaitement parce que l’on pouvait s’identifier aux personnages et aux situations, et rire de leurs dénouements surréalistes, la dernière partie laisse de côté le côté comique pour traiter beaucoup plus sérieusement de la relation entre Fujimoto et deux des filles, en les décortiquant. Si les évènements seront la plupart du temps dans le bon temps, certains personnages se dévoileront un peu trop (notamment Shimada qui viendra sur le devant de la scène lors de quelques épisodes). L’intrigue de la série se délocalisera, quittant l’univers urbain de Tokyo pour situer ses derniers instants dans le village natal de Fujimoto. La série perd alors quelque peu de son charme, sans pour autant faire de fausses notes, les situations restant réalistes et restant dans la logique des personnages. Quand au final de la série, il s’avère plutôt bien trouvé, plutôt pertinent même, et pourtant, on ne peut s’empêcher de penser à une fin différente (mais beaucoup plus facile). La série change donc en cours de route, mais reste une série divertissante quoi qu’il arrive, qu’elle soit dans le comique pur ou dans un ton plus sérieux, voir dramatique (à son niveau). Techniquement, si on pourra reprocher sans aucun doute un tournage précipité se soldant par quelques plans assez hésitants ou des cadrages parfois approximatifs, d’autres moments sortent du lot et le réalisateur parvient tout de même à nous donner envie continuellement de voir la suite. Les acteurs quand à eux sont souvent dans le bon ton et parviennent à nous faire rire, par leurs grimaces ou autres, et grâce aux différentes situations que le scénario leur offre. Moteki s’avère donc une bonne surprise, pas inoubliable, mais drôle, courte et énergétique.

 

+
-

Des gags vraiment drôles

De bons acteurs

Une morale finale intéressante

De très bonnes musiques

Un changement de ton pour la fin

 

NOTE: 15/20

En bref: Adaptée d’un manga, une série courte à la première partie très comique et la seconde plus dramatique, mais au fond pertinent dans tous les cas.

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