Critique: Visitor Q

Publié le par Rick Jacquet

VISITOR Q

Visitor Q
Titre original: Bijitâ Q
2001 - Japon
Budget: 7 millions de yens
Genre: Inclassable
Réalisation: Takashi Miike
Musique: Koji Endo
Scénario: Itaru Era
Avec Kenichi Endo, Shungiku Uchida, Kazushi Watanabe, Jun Mutô et Fujiko


L'histoire est celle d'une famille totalement déjantée : le père cherche à faire de sa vie un documentaire à succès, le fils maltraite sa mère et se fait lui-même maltraiter à l'école, la fille se prostitue et accepte son père comme client, la mère se découvre une passion pour son lait maternel.

Le père couche avec sa fille, la fille se prostitue, la mère se drogue et le fils frappe sa mère. Voilà le milieu dans lequel évolue notre fameuse famille, dont les habitudes seront chamboulées par l’arrivée chez eux d’un étrange visiteur. Tourné en seulement 5 jours, en DV, et avec prise de son direct, Visitor Q est un ovni, une critique sociale de la famille japonaise, et le film le plus fou de Takashi Miike aux côtés de Ichi the killer et IZO. Le format DV de l’image peut tout d’abord choquer, voir déplaire, avant que le spectateur s’aperçoivent, comme pour d’autres films tournés dans ce format (le récent INLAND EMPIRE) que ce choix était le bon et sert le récit. Le film s’ouvre par une longue séquence de 10 minutes dans laquelle le père, Kiyoshi, est dans une chambre, probablement dans un Love Hotel, avec sa fille, Miki. Il la filme, pendant qu’elle prend des photos de lui. Petit à petit, l’ambiance change, Miki se déshabille, et son père lui fait des atouchements, avant qu’elle ne lui demande de se déshabiller à son tour. Il finira par le faire, et par poser la caméra dans un coin, oubliant de l’éteindre. Entre discutions d’argent, ils finiront par passer à l’acte, devant la caméra, et la fille s’apercevra que son père est éjaculateur précoce. Le ton du film est donné. Avez vous déjà couché avec votre fille ? Le film est lancé, le spectateur est devant un ovni cinématographique, ne sachant pas s’il doit aprécier ce qu’il voit, être dégouté, le prendre au premier degré, ou au second, voir plus. Le film atteint les limites, fleurtant avec la violence, essayant de s’approcher le plus possible des limites du cinéma sans virer dans le cinéma porno. Le thème du film pourrait bel et bien être là. Faut-il avoir peur des limites, faut-il les franchir, ou encore faut-il vraiment établir des limites ?

A vous de vous faire votre propre opinion en visionnant Visitor Q. La famille, au départ, est éclatée comme pas possible, et ce n’est qu’en allant au bout des choses qu’elle pourra se reconstruire. Après l’introduction du personnage central du père, le film introduit directement le reste de la famille, et l’arrivée du fameux visiteur. Et comment arrive-t-il ? En fracassant la tête du père avec un gros cailloux ! Le père l’hébergera ensuite chez lui, comme si de rien n’était. Le visiteur en place, il accompagnera le père, Kiyoshi, dans ses aventures pour décrocher un reportage suite à un échec lui restant au travers de la gorge. En effet, lors d’une interview dans la rue sur les jeunes, il tombera sur ceux qu’il ne faut pas, et se fera littérallement enfoncer son micro dans l’anus. Radical. Le visiteur du titre l’accompagnera donc dans sa quête d’un reportage étrange, puisque concernant son fils se faisant martyriser par ses camarades de classes. Il faut voir Kiyoshi filmant sa maison tombant en miette sous l’effet de pétards et autres fusées, commentant l’action comme s’il s’agissait d’un match de foot. Le père, tout comme Takashi Miike, ne reculera devant rien pour nous mettre mal à l’aise dans une bouillie trash de 1h30. Pour un spectateur non averti, le choc peut être bien rude, surtout dans la dernière partie, ou la famille finira par se reconstruire, à sa façon.

La mère, grâce au talent du visiteur, encore, découvrira que ses seins peuvent produire du lait. Thème qui sera reprit plus tard en plus étrange dans Gozu. Thème dégoutant à la base, mais servant le récit, et surtout la morale, dans un plan final absolument magnifique. Il faudra voir sa joie quand, affublée d’un sac poubelle (oui), elle pressera ses seins devant la visiteur, accroupit devant elle avec un parapluie. Du côté du fils, cela ne se fera pas sans fracas. Le visiteur ayant tout d’abord réconscillié le père et la mère, ils feront tout pour défendre leur filston, à coup de pelles et de scies !! Mais ce n’est que la conclusion d’une sorte de thérapie familiale qui passera par la prise de drogue, le meurtre, la nécrophilie et le voyeurisme. La famille sera au grand complet après un coup de cailloux de la part du visiteur sur la tête de Miki, la fille, comme pour lui remettre les idées en place et lui permettre de retrouver l’esprit tranquille la maison familiale. Visitor Q, ôde à la vie et à l’amour, mais à quel prix ? Aucune critique de la société Japonaise n’aura autant oser atteindre les limites du cinéma traditionnel!

 

NOTE: 18/20
En bref: Inclassable, violent, dérangeant, parfois à la limite du supportable et de la pornographie, et pourtant, un très beau film respirant la joie de vivre.

Publié dans Critiques

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