Critique: Yatterman

Publié le par Rick Jacquet

YATTERMAN

Yatterman
Titre original: Yattâman - ヤッターマン 
2009 - Japon
Genre: Aventures
Réalisation: Takashi Miike
Musique: Ikuro Fujiwara et Masaaki Jinbo
Scénario: Masashi Sogo d'après une histoire de Tatsuo Yoshida
Avec Shô Sakurai, Saki Fukuda, Kyoko Fukada, Kendo Kobayashi et Katsuhisa Namase


Gan et sa petite amie Ai forment un duo de justiciers masqués appelés Yatterman, avec leur chien robot, Yatterwan. Chaque semaine, ils luttent contre le crime dans la ville de Tokyoko, notamment contre Doronjo et sa bande, qui sont des voleurs redoublant d’inventivité pour arnaquer le peuple. Ils vont se lancer dans une course contre la montre pour retrouver les quatre morceaux d’un ancien artéfact en forme de crâne au pouvoir maléfique.

Ah Yatterman, de Takashi Miike, un film plein de couleur, encencé sur la pochette par un peu tout le monde. « Visuellement stupéfiant » disait Twitchfilm. « Exagéré, irrévérencieux, pervers et Ô combien amusant » disait Ecran Total. Et pour couronner le tout, on a droit à un petit « Yatterman est hilarant, Yatterman est énorme ». Ne jamais se fier aux pochettes des éditeurs français, qui avec un Like A Dragon renommé maladroitement L’ordre du Dragon se permettait de renommer le réalisateur Takeshi, ou qui continue de vendre les films sur son nom en citant Audition et la trilogie Dead Or Alive, alors que bon, Miike, ça se limite pas à ça, et il y a des meilleurs films dans sa longue filmographie. Bon revenons donc sur Yatterman, qui arrive en pleine période où Miike est en… chute libre, avouons le. Après 4 très bons films d’affilé (son épisode pour Masters of Horror, le discret mais pourtant très bon Scars of the sun, Like A Dragon donc, et pour finir Sukiyaki Western Django), Miike peine à trouver un second souffle, et nous livrera un Detective Story pas franchement maîtrisé, longuet et maladroitement monté, un Crows Zero sympathique mais vide et un God’s Puzzle décevant, trop explicatif dans sa première heure et tombant un peu à plat dans sa dernière demi-heure. Yatterman arrive juste après, et avant un Crows Zero 2 quasi remake du premier et donc inutile. Bon, le film en lui-même alors ? Et bien, pas de surprise, c’est dans la continuité des trois précédents travaux de Miike : pas franchement folichon. Le gros souci de Yatterman, c’est sa durée finalement. Ses détracteurs sortent souvent cet argument, et ici, il est légitime. La première demi-heure pourrait encore faire illusion, à condition d’accrocher aux choix de mise en scène et au fait que le film adapte une série des années 70. C’est donc kitch, très coloré, pas forcément très bien joué, ça va dans tous les sens, l’humour ne vole pas haut. Mais oui, le début fonctionne encore, un peu comme un plaisir coupable. C’est hautement débile, totalement décérébré, les couleurs sont roses, bleus, vertes, il y a des robots géants qui se battent, des héros en tenue moulante blanche et rose, des méchants aux costumes totalement risibles mais assumés, une méchante pas si méchante que ça au costume kitch et sexy. Bref, du bon non ?

Ajoutons à cela des effets numériques en pagaille dans tous les plans donnant un aspect gros budget au métrage. Ah, et aussi quelques petites chansons pour accompagner les aventures de nos héros, mais aussi de nos méchants, mais ça devient une habitude chez Miike ça, que l’on retrouvera dans l’ouverture copié collé de Crows Zero 2 et dans Zebraman 2. Oui, sur une trentaine de minutes, Yatterman peut s’avérer être un pur plaisir coupable, bien qu’aux qualités cinématographiques discutables. Le problème, c’est que Yatterman ne dure pas une demi-heure. Il en dure presque deux heures (bon, 1h46 pour être précis). Il reste donc 1h10 de métrage encore à se farcir, et là, la sauce ne prend plus du tout. Entre les combats de robots à répétitions, l’humour qui va de plus en plus bas, le tout toujours dans une ambiance bon enfant, car il faut viser un large public japonais. Le tout paraît alors affreusement long, et ce que l’on avait pardonné durant la première demi-heure, et bien on finit par le rejeter en bloc. Les personnages deviennent totalement énervants, l’histoire tenant sur un bout de papier finit par gaver. Le visuel lui aussi finit par nous ennuyer et en plus, nous nique les yeux. Les effets spéciaux, si certains sont très réussis, inondent l’écran jusqu’à l’overdose la plus totale, et Yatterman dans son ensemble devient purement et simplement insupportable. L’humour ne volant bien souvent pas haut ira toujours plus loin, et lors de certaines scènes hallucinantes, on se retrouvera avec un robot aux seins mitrailleurs qui va carrément connaître l’orgasme avec un autre robot (aucun doute là-dessus, en plus des images, le son appui très bien l’effet désiré). Miike a l’air de s’amuser comme un fou, il enchaîne les idées folles, mais sans âmes et sans se soucier de son histoire à côté, ce qui rend Yatterman affreusement vide et ennuyant.

Pour arriver au bout de ce périple dont la finalité ne nous passionne absolument pas, il en faudra du courage. Mais avant d’en arriver là, il faudra aussi assister à des bains moussants, des ongles avec du vernis en forme de tête de mort, des histoires d’amour et de jalousie qui ne volent pas haut, un développement niais et à côté de la plaque des personnages, encore et toujours plus de robots (oui, il y aura des robots fourmis, mais aussi des robots poissons), plus d’allusions sexuelles, des explosions de partout, du numérique encore et toujours, ah, et des robots aussi (oui, je l’avais déjà dit). Ce qui rend le temps encore plus long, c’est que sur la durée, en plus des délires qui lassent, le non développement des personnages, le fait qu’ils soient énervants (il faut voir le grand méchant voleur et sa tête géante en forme de crâne) ou tout simplement pas intéressants, ce qui empêche bien entendu de s’attacher à eux, d’avoir peur dans leurs aventures. Bien entendu, le film s’adressant à un large public japonais, il faut ajouter à cela une fin bien niaise et imbuvable, où les vrais méchants meurent, mais les méchants pas si méchants survivent. Les gentils eux, sont vainqueurs, comme toujours. Finalement, les seuls perdants dans la vision de ce métrage, ce sont les spectateurs.

 

NOTE: 05/20

En bref: Une première demi-heure qui passe comme plaisir coupable, quasi 1h30 ensuite qui sont imbuvables. Con, même pas bête, même pas méchant, juste long et ennuyeux.

Publié dans Critiques

Commenter cet article