Critique: Lizard Baby

Publié le par Rick Jacquet

LIZARD BABY

Lizard baby
Titre original: Watashi no akachan
2005 - Japon
Genre: Horreur - Adaptation
Réalisation: Yoshihiro Nakamura
Musique: - 
Scénario: d'après le manga de Hideshi Hino
Avec Kurume Arisaka, Mansaku Ikeuchi et Matomu Onda


Umeki est un écrivain. Un jour, on lui commande une histoire horrifique pour en faire une adaptation au cinéma, mais il n’est pas habitué à ce genre d’histoire. La vision de sa femme enceinte et sa peur lui donnent l’idée d’un récit dans laquelle une femme donnerait naissance à un lézard. Mais quelques temps après, sa femme accouche, et donne naissance à un bébé mi-homme mi-lézard.

Et voilà un nouvel épisode de la série de moyens métrages adaptés des manga de Hideshi Hino. Lizard baby, fonctionnant sur les mêmes critères que le premier métrage, The boy from hell, parvient malgré tout à s’élever un cran au-dessus du premier opus. Malgré le changement d’équipe, et notamment de metteur en scène, les qualités comme les défauts se retrouvent en partit être les mêmes d’un métrage à l’autre, et seules quelques astuces et différences de point de vue permettent à tel ou tel film de sortir du lot. Lizard baby, contrairement à The boy from hell, parvient à soutenir durant ces 50 minutes son rythme, et un ton relativement similaire, malgré la grossièreté de certaines situations, notamment dans la première partie. Nous prenons l’aventure en cours. Umeki, le personnage principal, marié, futur père, doit écrire une histoire d’horreur pour une société souhaitant en faire un film. La première lecture ne se passe pas très bien, son histoire n’est pas effrayante. Pour le motiver, les producteurs lui fournissent les vidéos des autres films d’horreur de la société. Umeki commence à s’imprégner de ces histoires, et c’est en allant faire une écographie qu’il commencera à trouver ses idées, en voyant un dessin d’évolution des fœtus, humains, et animaux. Il commencera à trouver l’inspiration, et donc à écrire une histoire, en s’imaginant lui-même dans une situation plutôt désagréable : celle de voir sa femme donner naissance à un reptile. Tout ce qui concernera sa période d’écriture, puis le tournage du dit film, sera traité avec le plus grand sérieux, malgré l’aspect volontairement plastique et grossier du bébé. Malgré tout, grâce au talent de la mise en scène et de l’aspect musical de l’œuvre, une certaine ambiance malsaine et dérangeante se dégage de cette histoire.

Le thème du film et le malaise qui peut s’en dégager est évident : la peur d’être père, la peur de l’inconnu, la peur de fonder une famille. Des thèmes universels et touchants tout le monde, ce qui fait de Lizard Baby un vrai film horrifique, dans tous les sens du terme. Le film montre également comment le processus de création peut devenir hasardeux et troublant, quand pour parvenir à faire évoluer son histoire et ses personnages, l’auteur n’hésite pas à se mettre en quelque sorte lui-même en scène dans des situations toutes plus horribles que les autres. Même si cette partie ne contient rien de bien neuf à l’horizon, le problème et les sources d’inspirations des artistes ayant déjà étés maintes fois abordées à l’écran, tout cela fonctionne plutôt bien. Les restrictions budgétaires ne se font pas tellement ressentir, tant l’aspect général du film et du petit monstre que Umeki imagine semble voulu, et créent malgré tout le malaise, grâce au décalage entre ce que cet esprit tentant de créer imagine et le sérieux de la mise en scène. Mais le drame va finir par devenir bien grand, et encore plus troublant, à l’annonce de l’accouchement de la femme de Umeki. Il quittera alors le tournage du film pour se rendre dans la maison de ses parents (ou beaux-parents) et finira par y découvrir une maison vide habitée uniquement par des sons étranges, avant de tomber sur l’inévitable. Son enfant n’est autre qu’un bébé mi-homme mi-lézard. Toute sa peur que Umeki avait réussit à décrire dans son histoire se retrouve juste en face de lui, changeant ainsi son point de vue sur l’histoire qu’il vient décrire, son dénouement, et ce qu’il pensait.


Umeki semble d’ailleurs le seul personnage, malgré sa situation et tout ce qui se passe, à garder les pieds sur terre, la tête sur les épaules. Entre des parents et une mère complètement folle du bébé, malgré sa monstruosité, des docteurs refusant de comprendre ses sentiments et le fait de finalement voir devant ses yeux le tournage d’un film où il s’y retrouve de toute pièce, Umeki ne sait pas vraiment quoi faire. Une chose est sure, il rejette son enfant, et cherchera de l’aide parmi ses proches, mais personne ne l’écoutera et le comprendra. Il commencera à péter les plombs sur le tournage du film quand le producteur lui annoncera qu’une suite est prévue et qu’il double son salaire pour l’écrire. Pour se sauver de cette situation, une seule solution : mettre fin à cette histoire, que ce soit son bébé, qu’il est le seul à rejeter, et ce que tous les auteurs appellent leur bébé également : le film. A ce titre, le film est parfaitement maîtrisé, la relation entre mettre au monde un bébé et mettre au monde et imaginer sa propre idée est astucieux, d’autant plus que la mise en scène suit, et que l’ambiance devient de plus en plus lourde au fur et à mesure que le film avance, tout comme la bande son. Bien plus réussit et ingénieux que le premier épisode de la série.

NOTE: 14/20
En bref: Astucieux par ses thèmes (classiques pourtant) abordés avec sérieux et intelligence, et totalement dérangeant, Lizard baby est une excellente surprise bien emballée qui donne envie de se plonger dans les autres épisodes de cette anthologie.

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