Critique: Martyrs

Publié le par Rick Jacquet

MARTYRS

Martyrs
2008 - France / Canada
Sortie française le 3 Septembre 2008, interdit aux moins de 16 ans

Genre: Horreur
Réalisation: Pascal Laugier
Musique: Alex et Willie Cortés
Scénario: Pascal Laugier
Avec Morjana Alaoui, Mylène Jampanoï, Catherine Bégin et Robert Toupin


France, début des années 70. Lucie, une petite fille de dix ans, disparue quelques mois plus tôt, est retrouvée errant sur la route. Son corps maltraité ne porte aucune trace d'agression sexuelle. Les raisons de son enlèvement restent mystérieuses. Traumatisée, mutique, elle est placée dans un hôpital où elle se lie d'amitié avec Anna, une fille de son âge. 15 ans plus tard. On sonne à la porte d'une famille ordinaire. Le père ouvre et se retrouve face à Lucie, armée d'un fusil de chasse. Persuadée d'avoir retrouvé ses bourreaux, elle tire.

Martyrs n’est pas le gros choc annoncé par la presse française depuis des lustres. Prévu un temps pour être interdit aux moins de 18 ans, Martyrs débarque finalement dans les obscures salles française en ce début de mois de Septembre, et s’annonce être un film de vengeance. Ce qu’il ne sera, heureusement et malheureusement à la fois, qu’à moitié. Comme le disait son réalisateur, Pascal Laugier, avant la sortie de son film, il voulait explorer différents horizons du cinéma de genre, et emmener le spectateur dans des directions différentes, afin de le surprendre. La surprise sera au rendez vous, oui, aucun doute là dessus, mais quand à savoir si elle est si bonne que toutes les critiques ou presque veulent bien l’annoncer, rien n’est sur. Pourtant soyons clair, Martyrs commence bien, et s’adresse assurément aux personnes ayant le cœur bien accroché. Laugier, connaisseur du genre, va se permettre beaucoup d’hommages, tout en cherchant il est vrai à surprendre. Le début part donc sur de très bonnes bases, on y voit Lucie, une jeune fille, s’échapper d’une cave où elle est enfermée. Traumatisée, mais soutenue par son amie Anna, le film reprend 15 ans plus tard. L’histoire, telle qu’elle est racontée dans la presse, nous laisse présager un film de vengeance pur et dur, mais tout ce qu’il y a de plus classique. Cela ne concernera que la première partie du métrage, qui sera découpée en trois actes de qualité bien variable, et dont le meilleur sera le premier acte. Après cette brève introduction, on entre enfin dans le vif du sujet, et Martyrs nous dévoile ce qu’il a dans le ventre. Lucie retrouve la présumée famille qui l’aurait enfermée et torturée lorsqu’elle était jeune, et armée d’un fusil, elle ne fait pas de quartier. Femmes, enfants, même les plus jeunes, tout le monde y passe dans un bain de sang. Ce qui marque aux premiers abords, c’est le ton sérieux, froid et morbide qui va être de mise durant toute la durée du métrage (mais à la qualité d'interprétation plus que variable). Ce premier acte, assez court, mettant en scène donc une banale histoire de vengeance, souffre d’autant de qualités qu’elle n’a de défauts. Le ton est froid, et le cinéma français essaye depuis quelques temps de poursuivre cette voie, mais Martyrs tente d’aller encore plus loin en nous montrant des scènes extrêmes sur toute sa durée, sans nous laisser le temps de souffler. Sans faute de ce côté, il faut bien l’admettre. Mais cette première partie, si elle possède des qualités visuelles (montage nerveux, le tout filmé caméra à l’épaule, interprétation convaincante), souffre d’un très grand défaut, à savoir le vide absolu de son scénario, malgré quelques idées intéressantes concernant le personnage de Lucie, qui ne sera bien entendu pas dévoilé.

Arrive alors la seconde partie, ou le vide scénaristique commence à vraiment se faire sentir. Là où la première partie parvenait tout de même à nous faire ressentir quelque chose, en filmant le tout de la manière la plus brute qui soit, cette seconde s’enfonce en nous montrant ce que l’on présageait et ne s’avère n’être rien d’autre qu’un étalage de viande sans grand intérêt, en cherchant à nous faire croire à une histoire qui ne veux toujours pas se dévoiler. Ce qui est peut être mieux finalement. Quelques bons points subsistent tout de même, comme la qualité générale de l’interprétation et de la composition musicale, mais également des effets spéciaux. Pascal Laugier a pu aller aussi loin qu’il le souhaitait, et emmener le spectateur dans des horizons différents, mais il aurait mieux fait de travailler plus son film, puisque quand la dernière partie du métrage arrive, on tombe de haut (enfin pas trop, puisque le film n’avait déjà rien de bien exceptionnel). Déjà dévoilé dans la bande annonce, de nouveaux personnages viennent faire leur apparition et l’histoire des Martyrs se retrouve au premier plan, l’histoire nous arrive à la gueule et celle ci s’avère bien risible. Il est très difficile d’y croire, et tout cela fait baisser la qualité que l’on pouvait trouver dans les deux premières parties, puisque l’on se dira finalement : Tout ça pour ça ? Et oui. Lorsque Martyrs se décide à dévoiler son fond, le métrage perd toute crédibilité, et tout ce qui a précédé semble encore plus gratuit qu’il ne l’était déjà. Mais ce n’est pas tout, puisque cette partie souffrira également de gros défauts, et semblera s’éterniser pour rien du tout.

Comme si le fait de dévoiler son histoire détruisait son film, la réalisation de Paul Laugier, poignante jusque là malgré un propos vide, change radicalement, avec abus certain des fondus au noir, semblant allonger inutilement la durée du film et nous faisant croire toutes les minutes à un fondu au noir final, que le spectateur finit par espérer tant ce qu’il voit sur l’écran n’a plus d’intérêt. Pire, Laugier, dans son scénario, déjà peu convaincant jusque là, ne parvient pas à éviter quelque chose de grave : la répétition. Les scènes vont s’enchaîner, rapidement certes, mais séparées d’interminables fondus au noir, et vont toutes se ressembler. Une femme se prend des coups. Fondus au noir. La même femme se reprend des coups. Et ainsi de suite, cela parait bien interminable, et c’est finalement le spectateur qui finit par subir le martyrs. Si seulement le film parvenait à faire passer une quelconque émotion, le constat aurait pu être revu à la hausse, mais non. Le début du métrage est efficace, mais la suite est n’est qu’un carnage répétitif. Pour l’amateur de sensations vraiment extrêmes, on aura vu tellement mieux ailleurs, dans les films du genre n’ayant pas d’histoire et dont le seul but est de choquer et de faire détourner le visage du spectateur. Pour l’amateur de films d’horreur, qu’il ne s’attende pas non plus à avoir peur, puisque la peur est totalement absente du métrage. Quelques hommages viendront se glisser dans cette dernière partie, parmi eux, on pourra noter Hellraiser, mais cela ne suffit pas, et le réalisateur préfère clôturer son film sans prendre de parti, laissant le spectateur décider, mais l’histoire ne passionne tellement pas qu’un choix de la part du metteur en scène aurait finalement été le bienvenu. Martyrs, le film dont on a tant entendu parler, qui était déjà cité comme un chef d’œuvre bien avant sa sortie à cause de son interdiction aux moins de 18 ans (rabaissée à moins de 16 ans) n’est finalement qu’un pétard mouillé, un film creux ne tenant pas debout, et qui ne fait qu’empirer au fur et à mesure que le temps passe.

 

NOTE: 05/20
En bref: Il faut toujours se méfier des films que l’on nomme des chefs d’œuvres avant leur sortie, on peut alors tomber de très très haut. Reste une première partie simple, classique et efficace.

Publié dans Critiques

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